articles inédits en ligne sur la Résistance dans l'Ain

la compagnie Lorraine


Jean-Marie Gillet
Fm du GMT 713

 

Constitué en novembre 1943 à la ferme du lieu-dit « Pré-Carré » à 6 kilomètres d’Hotonnes, le camp de « Pré-Carré » est commandé par le lieutenant Jean-Pierre De Lassus alias « Legrand ». Les effectifs du maquis « Lorraine » à la fin de cette année étaient de 53 hommes. Armés d’un fusil-mitrailleur de deux mitraillettes, de 5 mousquetons, de 30 revolvers, de 7 fusils Mausers, 40 grenades et des explosifs. Le camp dispose entre outre d’un camion, d’une camionnette, de 4 voitures légères et de 5 motos.
Les maquisards du camp participe activement à des coups de mains et divers opérations armées, parmi ceux-ci, l’ont peut nommer le coup de main sur le dépôt des chantiers de jeunesse d’Artemare, du dépôt militaire de Bourg-en-Bresse, réquisition diverses à Ruffieu, Génissiat, Jujurieux etc….
Le 2 Février 1944, un coup de main est prévu en Isère sur un dépôt de chaussure, mais alors que 20 hommes se préparent à partir, l’opération est annulée sur ordre. Les G.M.R, miliciens et allemands ont bouclés la région, procédant à des arrestations et commençant à attaquer des camps maquisards. Cependant un groupe de 17 hommes est désignés pour effectuer un coup de mains sur les armes des gardes voies de Seyssel. C’est donc une fourgonnette et une voiture qui partent à 17 heures dans le brouillard pour réaliser l’opération. A l’entré du village de Ruffieu, les maquisards se retrouvent nez à nez avec un détachement allemand. Obligé de stoppé leurs chemins, les résistants voient un officier allemand leur demander leurs papiers, mais la réponse ne se fait pas attendre : une rafale de mitraillette  arrache le pare-brise de la voiture déclenchant une violente fusillade. Profitant de l’épais brouillard, les hommes de la compagnie Lorraine arrivent à rejoindre Hotonnes avec 2 blessés. Les hommes redescendent dans la nuit  afin de retrouver leurs camarades qui n’ont pas rejoint le camp, ils trouveront 1 blessé et 7 morts affreusement mutilés :
            - blessés : Raymond Golin est touché de 5 balles aux jambes, le capitaine Seigle a pris une balle dans le Mollet et André Gonnet à le pouce coupé par une balle.
            - décès : Schnedeir, Bretonniere, Vittet, Laurent, Genod, Vandeville, Chevalier.
Les enterrements ont à peine eut lieu que sous un temps neigeux au matin du 5 février, l’opération allemande « Caporal » est lancé…
Le 1e mai, le maquis « Lorraine » et la compagnie « Nancourt » devient officiellement la « Compagnie Lorraine ». Sous le commandement du lieutenant Léon Boghossian, la compagnie participe aux premières actions du bois d’Illiat. Le 6 Juin 44  elle est engagée dans la bataille de la Lèbe, elle intervient ensuite à Cormaranche-en-Bugey puis Hauteville-Lompnes. Le 11 juin 1944, lors de la progression allemande de Bellegarde à Nantua, deux sections rejoignent Saint-Germain-de-Joux où elles occupent les hauteurs environnantes. Le groupe franc est utilisé pour faire diversion. Les maquisards infligent à l’ennemi l’un des échecs les plus sanglants : environ 200 hommes sont mis hors de combat ainsi qu’un nombre non négligeable de matériel (canon de 37, automitrailleuses et nombreux véhicules de tous genre…) qui aurait pu être récupéré si l’ordre de repli n’avait pas été donné.
Le 26 Juin 1944 la compagnie fait mouvement sur Giron pour assurer la protection de parachutage qui doit avoir lieu de jour.
Le 12 juillet une partie est détachée pour renforcer le secteur de Trébillet soit 52 hommes, où d’importants combats auront lieu.
Le 1e Août 1944, le soldat Marcel, du groupe franc, qui est à l’hôpital de Nantua après la tuerie du 13 juillet, échappe aux boches et réussi à rejoindre la compagnie à l’aide d’une paire de béquille.
Le 23 août, alors que les Allemands commencent à quitter la Gare et le quartier de l'Aviation d’Ambérieu, le  groupe Brucher, la compagnie « Lorraine » avec Jean Vaudan alias « Verduraz», accompagné de Romans-Petit, entrent dans la ville. En route, les maquisards  prennent en charges quelques courageux volontaires qui prenaient le Maquis ce jour là !
La compagnie participe à la réhabilitation du terrain d’aviation d’Ambérieu, en enlevant les obstacles, bouchant les trous et déminant les charges que les allemands avaient placées.  Cependant la guerre est loin d’être terminer,  le 31 Août et 1 septembre, la bataille de Meximieux s’engage et les hommes de la compagnie Lorraine y participent sous le commandement du Lieutenant Léon Boghossian. Il n’y a pas moins de 105 maquisards de la compagnie dont 1 officier, 20 sous-officiers et 84 hommes de troupes. Pendant les combats de Meximieux, la compagnie perdra  Marc Guilloud le 21 Août à Gévrieux lors d’une embuscade allemande et René Damaison le 1e septembre, fauché par un tir de char à l’ouest de Priay.
 

Le Camp de Granges


Jean-Marie Gillet
Fm du GMT 713


Le 19 septembre 1943, à la ferme de Pray-Guy près d’ Hotonnes au lieu-dit « l’Echelle », le camp de Granges est constitué grâce en parti aux réfractaires du S.T.O. Ils sont venus du camp de « Catane », dans les bois d’Illiat sous le commandement de Prosper Mignot et du camp de « Sièges ». Tous deux délogés par des actions de répression des Gardes Mobiles de Réserves(G.M.R). Le nouveau camp est placé sous le commandement de Georges Béna alias « Michel »  et participe au défilé d’Oyonnax le 11novembre 1943. Le groupe est de tous les coups, qu’ils soient heureux ou malheureux.  En cette fin d’année, G. Béna est à la tête de 60 à 70 hommes, le camp possède son propre drapeau tricolore, il fût confectionné par les soins de Mme Joyard (G. Béna ne quittera plus le drapeau qu’il remettra au musée de Nantua en 1985).  
Le 14 décembre, Georges Béna est hospitalisé à Nantua où il reçoit les soins du docteur Mercier. Mais les allemands effectuent une rafle, le maquisard réussi à rejoindre les « Granges » clandestinement, mais le Dr Mercier à moins de chance, il est fait prisonnier et fusillé.  Sous la pression des G.M.R, toute la « compagnie Michel » est obligée de se replier sur la ferme « de Praz » à Brénod. Dorénavant les 80 maquisards assurent la sécurité du P.C de Romans-Petit à « la ferme du Fort ». Suite à une nouvelle incursion des G.M.R courant janvier 44, les allemands attaquent la ferme le 5 février faisant 3 morts (Roger Lutrin, Pierre Desmares, Germain Chevrolet) et 1 blessé. Le camp se reforme de nouveau, entre Echallon et Belleydoux, à la ferme de « Belle-Ouate » et font face à une attaque allemande en Avril qui les laisseront isolés et sans nourriture durant 15 jours. Toutefois les hommes réussissent à s’implanter au dessus d’Apremont où ils participent aux combats de la région de Bellegarde, Fort-l’Ecluse. Des barrages sont effectués, la première semaine de Juillet, sur les routes de Nantua à Bellegarde, de Saint-Claude à Belleydoux, de Desertin à La Pesse. Le 12 Juillet, les allemands lancent une nouvelle attaque dans la région de Saint-Claude par le nord, faisant sauter tous les barrages maquisards qui doivent se replier.   Malgré cela, il ne faudra que peu de temps aux résistants pour se reformer et fondre à leurs tours sur les arrières de la colonne ennemie et lui infliger de lourdes pertes. Du 16 au 21 juillet les allemands tentent en vain de réduire la résistance qui fait preuve d’une agressivité telle que les troupes de la Wehrmacht resteront sur les routes sans oser s’avancer dans les bois pour aller aux contacts des « terroristes ».                                                                                                                                                          

Le faux nouvelliste : opération de communication réussie

Depuis que le Progres s'est sabordé, il n'existe plus qu'un seul grand quotidien dans la région lyonnaise, le Nouvelliste. Organe collaborationiste lyonnais, il prêche chaque jour la collaboration. A longueur de colonnes il insulte sans danger la Résistance.
Le soir du 11 novembre 1943, de retour du défilé d’Oyonnax, Charles Mohler se retrouve avec son adjoint, Lucien Bonnet, au domicile de Henri Jaboulay, chef régional Maquis. Alors qu’ils écoutent tous trois la radio de Londres, ils apprennent qu’une fausse édition du journal bruxellois Soir a été diffusée en Belgique par des résistants belges. Après discussion, ils projettent ensemble de réaliser quelque chose d’analogue à Lyon, en vue de faire connaître au plus large public les actions de la Résistance. Charles Mohler suggère de s’en prendre au Nouvelliste, journal ouvertement collaborationniste
Le projet séduit Alban Vistel sur le champ et lui paraît parfaitement réalisable. Elaborer une feuille imitant le Nouvelliste ne présente pas de difficultés insurmontables. Le problème essentiel réside dans la diffusion rapide aux divers kiosques ; il serait trop long et fort périlleux de chercher complicité parmi les tenanciers. Il faut donc que nos diffuseurs soient les hommes de la Résistance. L'opération présente des risques évidents ; il faudra qu'elle soit méticuleusement organisée, son succès dépendra de la rapidité d'exécution.
Le lendemain, Vistel convoque Jaboulay, Pascal, adjoint chargé de l'impression de la propagande, et Duvernois, responsable «groupe franc». Les tâches de chacun sont fixées : Pascal préparerait l'impression de 25.000 exemplaires, Jaboulay fournirait copie et mise en page, Duvernois monterait l'opération de substitution du «Vrai» par le «Faux». Le matériel rédactionnel ne ferait pas défaut, car écrire à l'abri demeure chose aisée et les amateurs ne manquent pas. Mais il fallaut imiter la mise en page et la typographie du «Vrai», composer des titres pouvant un instant couvrir le subterfuge. Grâce aux intelligences que possède Jaboulay au Paris-Soir de Lyon, à la collaboration du rédacteur en chef Bonnet et de Scize, cela est fait au mieux. Pascal mobilise Pons et ses compagnons, les typos Vernier et Planchet, de l’imprimerie de la rue Viala.
Pendant des jours, Duvernois et ses hommes repèrent le trajet des véhicules des Messageries Hachette vers les agents vendeurs. Neutraliser les conducteurs des véhicules, remplacer les paquets de journaux officiels par nos paquets, cela n'est pas impossible à l'audace des groupes francs. Mais avec les risques évidents, le moindre retard peu tout compromettre. Heureusement les agissements de la censure vont fournir la solution. Fréquemment des informations se voyaient censurées alors que le Nouvelliste était déjà, non seulement imprimé mais remis aux vendeurs. Les Messageries couraient alors reprendre les journaux pour les remplacer par la nouvelle édition expurgée. Il faut alors remplacer les « bons » par les « faux ». Tout étant prêt, l'opération est fixée au 31 décembre.
Nuit de veille. Au garage où sont stockés les 25.000 exemplaires du «Faux», les groupes francs de l'équipe Daniel préparent les paquets sur lesquels ils collent la bande «Censure». Ils disposent de six véhicules portant la vignette «Service de Presse». Ils connaissent à fond leur parcours, leurs horaires, le nombre de paquets à déposer à chaque poste. A 5 heures, debout ! Trois par voiture, un homme de protection avec mitraillette et grenades. A chaque étape, même scénario, la voiture stoppe, un camarade descend, fait son laïus au vendeur encore mal dégourdi du sommeil : censure allemande, nouvelle livraison, reprise de la première édition.
Réussite magistrale, ce n'est qu'autour de 8 heures que l'alerte est donnée. Trop tard, les lecteurs rigolent doucement. La ville toute entière connaît bientôt le résultat de la bonne farce. Les Allemands, toutes les polices sont sur les dents, ceci vaut des perquisitions au Nouvelliste, au Lyon Républicain. Les M.U.R. ont ridiculisé l'adversaire. 
D’après Alban VISTEL «LA NUIT SANS OMBRE»

UN ORGANISME DE RENSEIGNEMENT DANS L’AIN : PHALANX

À partir de février 1942, les contacts entre la France libre et le mouvement Libération aboutissent à la création d’organismes spécifiques de renseignements.

Le réseau Phalanx est mis sur pied à la demande du BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) par Christian Pineau à son retour de Londres, en avril 1942.
Installé en zone Sud, à Clermont-Ferrand, Sète, Toulouse  puis à Lyon, le réseau se spécialise dans le renseignement politique et économique, mais aussi dans le transport de personnalités comme André Philip vers Londres à partir de terrains en zone-sud, dont le terrain Lièvre à Loyettes, homologué.
Les premiers agents sont recrutés au sein de Libération-Nord. Ils sont chargés de rassembler des informations sur l’activité des communistes, l’opinion publique, avant de se tourner vers des indications concernant les mouvements des troupes ennemies.
Dans le Nord, l’organisation ou Centrale comprend le chef de réseau, un adjoint, un secrétariat et envoie son courrier à Londres par l’intermédiaire de la Confrérie Notre-Dame que dirige le colonel Rémy. L’équipe clandestine qui se forme autour de Christian Pineau englobe son beau-père, Bonamour du Tartre, alias "Barnaud", Francis Fabre, le directeur de La Montagne, des syndicalistes, dont Marius Vivier-Merle, secrétaire de l’Union des syndicats à Lyon, Louis Goyet, alias Léon, et son épouse, Thérèse, agent de liaison responsables à Lyon.
A Lyon, le premier agent radio du réseau arrive au printemps 1942 chez les Goyet à Villeurbanne.  En R1, dès le 31 août 1942, Henri Morier, constitue une équipe pour le réseau Phalanx, chargée de localiser des terrains d’atterrissage et de parachutage, tel Lièvre alors que Pineau tente de partir pour Londres à partir du terrain d’Arbigny. Arrêté pour marché noir, Lot s’évade et rejoint Londres où il est jugé pour faute lourde[1]. Le lieutenant Pierre Delaye, alias Var, prend le relai comme opérateur radio, jusqu’en avril 1943. Sa sœur, Adrienne, est agent de liaison du réseau. C’est grâce à Phalanx, que Jean Moulin et le général Delestraint atterrissent à Melley en Saône et Loire, le 21 mars 1943. Afin de sécuriser ses communications, les messages sont envoyés en patois.
Au fil des mois, ses transmissions deviennent autonomes. Il comprend alors une centaine de membres. Passy, chef du BCRA, le considère comme l’un des meilleurs réseaux. Après l’arrestation de Christian Pineau par la Gestapo le 3 mai 1943, Fernand Gane alias "Icare", agent P2 de la mission Triangle, en devient le dirigeant et, sur ordre de Londres, s’efforce de cloisonner davantage les structures mises en place dans les régions. 
Le réseau a compté jusqu’à 250 membres. 

Jérôme Croyet

docteur en histoire

[1] En effet, le 31 août 1942, c’est lui qui fait capoter le départ de Pineau en provoquant le capotage de l’avion, car il craignant de Pineau ne donne à Londres des détails sur sa mauvaise conduite.