la France de 1939 à 1945 : articles en ligne

Etat d'esprit des Français en février 1944

REACTIONS DE L’OPINION DEVANT LES PROBLEMES DE L’HEURE

a) Le terrorisme et sa répression
Le terrorisme, hier encore, n’affectait qu’une portion restreinte du pays. Désormais il est partout, faisant, ici et là, diversement sentir le poids de sa présence.
Dans sa grande majorité, la population réprouve les attentats terroristes et souhaite le retour à l’ordre :
« La vigoureuse répression entreprise par les forces du Maintien de l’Ordre a vivement frappé les esprits. La très grande majorité de la population, quelles que soient ses tendances, enregistre avec une satisfaction évidente la diminution du nombre des attentats, souhaite une épuration rapide et le retour à une situation saine » constate le Préfet Régional de Clermont-Ferrand.
Et dans le même sens, le Préfet de l’Isère note « un dégoût certain et croissant des attentats terroristes qui s’en prennent aux biens comme aux personnes et dont l’opinion souhaite une répression vigoureuse ».
« De plus en plus, écrit encore le Préfet Régional de Toulouse, on déplore les attentats criminels et l’on souhaite que le Gouvernement puisse y mettre un terme ».
Mais l’opinion établit généralement une distinction bien nette entre les auteurs d’actes de banditisme, pour qui elle n’a que réprobation et sévérité, et les réfractaires ou « résistants » dont l’activité lui apparaît purement politique. A ces derniers vont toutes ses sympathies, à tout le moins son indulgence, d’où le caractère plus nuancé de la majorité des jugements portés sur l’action répressive entreprise par le Gouvernement. Citons notamment :
« Les opérations de Haute-Savoie sont diversement commentées. Pour les uns elles sont salutaires ; d’autres, non moins nombreux, désapprouvent les autorités françaises de venir en aide à l’Allemagne en combattant des Français ». (Jura) 
« Les actes de terrorisme sont réprouvés par la majorité de la population, cependant l’opinion publique manifeste une certaine désapprobation des mesures prises pour y mettre fin. L’opération de police effectuée en Haute-Savoie a suscité de nombreux commentaires parfois défavorables. Certains pensent, en effet, que de telles opérations ne peuvent qu’engendrer la haine entre Français. (Isère) 
« Dans sa majorité, la population estime que, seules, des méthodes énergiques peuvent venir à bout des exploits des fauteurs de troubles. Mais il reste encore des personnes, principalement parmi la classe ouvrière, qui accordent, sinon de la sympathie, du moins des excuses aux agissements des terroristes. (Puy de Dôme) 
« La lutte contre le terrorisme est généralement approuvée dans les modalités actuelles ; cependant, la création des cours martiales reste contestée ». (Indre et Loire)
« La population a paru suivre avec intérêt les opérations entreprises en Haute-Savoie. On a remarqué, avec un certain soulagement, que les dispositions prises n’avaient entraîné qu’une faible effusion de sang ». (Seine) 
Enfin, plusieurs Préfets notent une certaine réprobation à l’égard des opérations entreprises par les forces du Maintien de l’Ordre. Le Préfet de l’Allier constate que « les opérations entreprises par le Secrétaire Général au Maintien de l’Ordre sont accueillies avec réserve ». Et c’est encore le Préfet des Pyrénées-Orientales qui écrit : « Les opérations de police dirigées contre les réfractaires de la Haute-Savoie font l’objet de beaucoup de réticences et de critiques. Il serait bon que la presse et la radio donnent à la population de nouveaux apaisements sur la discrimination que le Gouvernement entend faire entre les simples réfractaires et les assassins. La participation de la Milice aux opérations en Haute-Savoie est vivement discutée. L’opinion admet que les forces de police soient chargées de ces expéditions ; elle comprend mal que des Français soient volontairement engagés dans une lutte contre d’autres Français ».
L’Ain a été le théâtre d’opérations menées par les troupes d’occupation. « Les mesures répressives effectuées dans le département par les troupes d’occupation, écrit à ce sujet le Préfet de ce département, ont plongé la population dans l’effroi ».

b) S.T.O.
L’hostilité au S.T.O. est générale. Toute mesure de recensement ou de réquisition de main-d’œuvre est accueillie avec méfiance et mauvaise humeur par la population, qui y voit moins une recherche véritable de main-d’œuvre qu’une intention délibérée de procéder à de vastes opérations de déportation.
Le recensement de la classe 1944 est considéré comme une mesure préliminaire à de nouveaux départs pour l’Allemagne.
Le fonctionnement des commissions de peignage promet des départs qui ne seront plus décidés en considération de l’âge, et donc, choquent le sentiment de l’équité si profondément caractéristique de la mentalité française.
Enfin, la loi récente sur l’organisation du travail, dans la mesure surtout où elle affecte la main-d’œuvre féminine, a vivement ému l’opinion. Ouvrons les rapports :
« La nouvelle législation relative à l’utilisation de la main-d’œuvre masculine, et surtout féminine, a provoqué une émotion profonde, que le recensement de la classe 1944 et l’appel aux Chantiers de Jeunesse n’ont fait qu’accroître ». (Puy de Dôme) 
« La loi du 1er février 1944[6] est commentée avec la plus vive inquiétude dans tous les milieux. D’ores et déjà, il apparaît hors de doute que son application se heurtera à des difficultés considérables ». (Limoges) 

c) Évacuation des côtes - Les récentes décisions des autorités d’occupation ont donné à cette question une ampleur considérable et une acuité telle que la vie de régions entières en est paralysée et que tout autre problème, toute autre préoccupation s’y trouvent momentanément relégués au second plan.
Les populations atteintes sont plongées dans la consternation et le désarroi car chacun préfère, à l’abandon de son foyer, le risque de bombardements et d’éventuelles opérations de débarquement. Aussi, les départs volontaires sont-ils relativement peu nombreux.
L’institution du régime de la zone occupée dans les départements méditerranéens a fait naître la crainte d’une mainmise plus étroite des autorités d’occupation sur leur activité.

d) Ravitaillement et coût de la vie
De nombreux rapports notent certaine résignation du public devant les difficultés du ravitaillement. Toutefois, l’aggravation de la situation au cours du mois de février, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en viande en produits laitiers et en matières grasses, a souvent provoqué des commentaires malveillants, tant à l’égard du Gouvernement que des troupes d’opérations : « Comme toujours, les difficultés du ravitaillement indisposent les Français et les troupes d’occupation » écrit le Préfet de la Vienne.
L’augmentation croissante du coût de la vie, étroitement liée à la question du ravitaillement, préoccupe vivement les couches de la population à revenus modestes et créé un malaise dont il serait dangereux de sous-estimer l’importance.

ÉTAT D’ESPRIT DES DIVERSES PARTIES DE LA POPULATION
Les rapports ne signalent pas, en général, de changements notables dans la mentalité des diverses couches sociales.

Classe ouvrière
La question des salaires n’a pas reçu la solution d’ensemble que réclament la quasi unanimité des Préfets, et qui permettrait de faire face à la montée croissante du coût de la vie donc d’assurer de façon plus satisfaisante le ravitaillement des familles ouvrières. La situation ainsi créée ne laisse pas d’être inquiétante. Jetant à nouveau le cri d’alarme, le Préfet Régional de Limoges la résume ainsi :
« La classe ouvrière, sourdement travaillée par la propagande communiste, demeure hostile à la politique gouvernementale dont elle prétend seule faire les frais. La question des salaires, qui est primordiale à ses yeux et n’a pas encore reçu de solution satisfaisante risque, si ses espoirs sont déçus, d’amener sous l’impulsion de meneurs encore dans l’ombre, des réactions brutales. Chez elle, l’opinion est à l’heure actuelle infiniment sensible ».

Paysans
La pénurie de main-d’œuvre et de chevaux va s’aggravant et pose au monde agricole des problèmes préoccupants.
La situation des agriculteurs des zone évacuées est particulièrement digne d’intérêt.
Dans l’ensemble, cependant, le paysan reste, dans la conjoncture présente, privilégié, et trop souvent « uniquement préoccupé de gagner de l’argent et de se soustraire aux impositions ».

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les tickets de rationnement 1940 - 1947

Ayant déjà expérimenté le système de rationnement à la fin de la Grande guerre, il a été relativement facile pour les autorités de mettre un place un système s'inspirant de celui -ci. Un Ministère du ravitaillement est créé. Le dimanche 10 mars 1940, un décret et un arrêté interministériel paraissent au journal Officiel, fixant la date du recensement et les conditions d'établissement des cartes de rationnement, impliquant que chaque personne doit remplir une déclaration le 3 avril au plus tard afin d'être classé dans une des catégorie prévue pour l'alimentation et le charbon. Le 5 mars, un nouveau décret fixe les restrictions sur la viande. Le boeuf, veau et mouton sont interdits à la vente en boucherie trois jours consécutifs par semaine; la viande de charcuterie pendant deux jours et la viande de cheval, mulet et âne pendant une journée. Toujours en mars, des décrets imposent la fermeture des pâtisseries et l'interdiction de la vente d'alcool. Les premières cartes de rationnements sont distribuées dès octobre 1940 pour les produits de base: pain, viande, pâtes, sucre. Comme vous pourrez le constater avec les documents d'illustration, le rationnement s'est mis en place par le biais de cartes d'alimentation et de tickets. La population Française (à l'exception des militaires) était partagée à l'origine en sept catégories. A chacune correspondait une carte spécifique:
Arrêté du 20 octobre 1940, publié au J.O du 23 octobre, page 5395.
Catégorie E: Enfants des deux sexes âgés de moins de trois ans.
Catégorie J1: Enfants des deux sexes âgés de trois à 6 ans révolus.
Catégorie J2: Enfants des deux sexes âgés de 6 à 12 ans révolus.
Catégorie A: Consommateurs de 12 à 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force.
Catégorie T: Consommateurs de 14 à 70 ans se livrant à des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire.
Un arrêté du 11 décembre 1940, publié au J.O. du 12 décembre, page 6103 fixe les travaux, professions, emplois et situations spéciales dont les consommateurs peuvent se prévaloir pour être classé en catégorie T.
Catégorie C: Consommateurs de 12 ans et sans limite d'âge se livrant personnellement aux travaux agricoles
Catégorie V: Consommateurs de plus de 70 ans dont les occupations ne peuvent autoriser un classement en catégorie C.
Plusieurs changements interviendront ultérieurement dont la création de la catégorie J3:
Catégorie J3 : les jeunes de 13 à 21 ans ainsi que les femmes enceintes. *

Selon les catégories ci-dessus, les rations journalières oscillaient entre 100 et 350 grammes par jour pour le pain; de 180 grammes par semaine pour la viande; de 500 grammes de sucre par mois. Le lait était réservé aux catégories E,J et V. Le vin était réservé à la catégorie T, etc.
Exprimé en rations journalières individuelles, on a en moyenne: 250 grammes de pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse et 6 grammes de fromage.
Avec un tel rationnement, la nourriture d'un homme ne dépasse pas 1200 calories/jour alors qu'il est généralement admis qu'il en faut 2400!
En janvier1941, la vente du café pur et succédanés purs sont interdites. Seuls les mélanges agréés peuvent être vendus. C'est également le mois de la mise en place de tickets de rationnement pour le charbon, en trois couleurs différentes correspondant aux critères suivants: (rouge: prioritaire, pour les foyers ne disposant pas de gaz ou électricité pour cuisiner; violette: prioritaire, réservée aux foyers sans gaz ou électricité et ayant des enfants de moins de 6 ans ou des vieillards de plus de 70 ans; jaune: attribuée à tous les foyers, mais ne pouvant servir que s'il restait un tonnage de charbon disponible après avoir servi les foyers titulaires de cartes rouges et violettes)
Mi Février 1941, institution du rationnement pour les vêtements et autres articles textiles avec mise en place de bons d'achat et autorisations spéciales. Il y a 3 catégories: 1) enfants de moins de trois ans (E): délivrance de droit pour les besoins normaux. - 2) enfants de 3 à 17 ans (J1 + J2 + J3 partiel) délivrance de bons en cas de besoins urgents justifiés. - 3) Toutes personnes de plus de 17 ans: Aucun bon d'achat, sauf en cas de mariage, grossesse, deuil ou retour de captivité.
En mars 1941, création de bons d'achat spécifiques pour les femmes enceintes, regroupant les besoins d'un enfant de moins d'un an. Une liste très précise est établie comportant entre autres: 3 langes en coton, 24 couches ou triangles, 2 langes en laine, 6 brassières de laine premier âge, 100 grammes de laine à tricoter, etc....
Pour éviter une certaine confusion ou tricherie, des règles d'équivalence sont progressivement mises en place. Par exemple, la vente de boudin renfermant de 8 à 12% de lard gras est autorisé contre la remise d'un ticket de 10 grammes de matières grasses pour 100 grammes de boudin!
En ce qui concerne le pain, la ration journalière descendra à 275 grammes jour en 1942. Ce pain (de régime!) était constitué de farines de maïs, fève, seigle ou orge auquel on ajoutait des brisures de riz.
La couleur des tickets variait en fonction du produit: violet pour le beurre, rouge pour le sucre, brun pour la viande, vert pour le thé ou le café.
Pour la période 1943 - 1944, le manque de produits est tel que de nombreux coupons ne furent pas utilisés! Il fallait se débrouiller pour survivre....Le marché noir ( marché parallèle) était en plein développement. On cultiva a domicile tout ce qui était possible, dans des bacs sur les balcons, dans les cours, rebords des fenêtres etc. Le café était remplacé par la chicorée ou de l'orge grillée.
Les carnets de tickets avaient une validité de six mois; Ils devaient obligatoirement porter le tampon de la ville du domicile. Tous les achats particuliers étaient notés au dos des carnets: textiles, charbon etc. ainsi que le cachet de l'épicier attitré.
Pour le pain, le système des tickets perdura jusqu'en 1949.
Les commerçants devaient, chaque mois faire l'inventaire des tickets reçus de leurs clients pour pouvoir se réapprovisionner auprès de leurs fournisseurs. Des fermetures sont imposées, principalement aux bouchers/charcutiers des villes dépassant leur quota d'abatage, pour s'assurer que les quantités vendues correspondent aux bons de réapprovisionnement.
Enfin, les prix n'ont cessé d'augmenter pendant la guerre, plus rapidement que les salaires.
Les tickets de rationnement sont délivrés par carnets par les mairies. Durant la Libération, certains maquis vont avoir leur propre tickets de rationnement, tels les maquis de l’Ain durant l’été 1944.

Procès verbal de pertes de cartes d’alimentation dans l'Ain :
7 février 44 – Neuville-les-dames
28 février 44 – Ambérieux en Dombes
22 mars 44 – Neuville les Dames
20 février 44 – saint Didier sur Chalaronne
20 décembre 43 – Guéreins
31 janvier 44 – Thoissey
29 janvier 44 – Abergement-Clémenciat
1er février 44 – châtillon sur chal
12 février 44 – sathonay
18 février 44 - beauregard

Jean Marie Gillet

Les chantiers de Jeunesse

Un peu d’histoire 
En juillet 1940, la défaite de l’Armée française est totale, la Wehrmacht occupe le pays : l’armistice est signé depuis le 22 juin et la France est coupée en deux par la ligne de démarcation, entre zone occupée et zone libre. Il convient de traiter d’urgence le cas des hommes mobilisés dans les derniers jours de la débâcle, complètement abandonnés et livrés à eux-mêmes, sans aucune instruction militaire et dont le comportement commence à inquiéter le commandement. On procéderait ultérieurement à leur démobilisation.
A la demande du Maréchal Pétain, le général de la Porte du Theil, ancien scout, propose de créer des groupements de jeunesse en zone sud (puisque les Allemands les interdisent en zone Nord) et de leur donner, par une vie de travail rude en pleine nature, loin des villes, une formation morale et virile, toutes classes sociales confondues, sur la base d’un système mi-civil, mi-militaire. 250 000 jeunes pourraient, estime t’on, être formés en dehors du contrôle allemand. On regroupera ces hommes, puis on procédera à leur articulation en unités de 200 hommes environ. On les fera "camper en pleine nature, au milieu des bois, à l’abri de toute cause de trouble ou d’agitation’’ et on les occupera à de grands travaux d’intérêt général.
 
Les chantiers de jeunesse 
Il est alors stipulé, par décret, que les hommes incorporés en juin 1940 et relevés de leurs obligations militaires seront aussitôt versés pour une durée de 6 mois dans ces groupements (constitués sous l’autorité du Ministre de la Jeunesse et de la Famille, pour éviter toute ambiguïté).
La mise sur pied se fait très rapidement ; pour faire simple, l’organisation est calquée sur celle de l’armée de terre. Pour l’encadrement on fait appel au volontariat : il y a de très nombreuses candidatures de cadres de l’armée d’active mais aussi de la réserve. La masse d’appelés est évaluée à 70.000 hommes mais finira par atteindre près de 87.000 hommes. Le premier camp est ouvert le 9 août ; fin 1940, il y en a 230 en zone libre.
Un commissariat général, basé à Châtelguyon (Puy de Dôme), coordonne six commissariats régionaux : Alpes-Jura, Auvergne, Languedoc, Pyrénées-Gascogne, Provence et Afrique du Nord. Chacun supervise une école de cadres et 8 à 10 groupements de 1500 à 2200 hommes. Chaque groupement, dirigé par un militaire au grade de colonel, est divisé en 6 à 12 groupes, de 150 à 200 hommes, disposant chacun d’un camp qu’il faut créer de toutes pièces dans une zone isolée et très souvent montagneuse (avec des paquetages sommaires et des toiles de tente, on commence par un camp de toile).
Chaque groupe est articulé en une dizaine d’équipes d’une quinzaine d’hommes, commandées, le plus souvent, par un appelé ayant fait un stage de qualification.
Le travail est considéré avant tout comme un outil éducatif. Il s’agit de produire en commun quelque chose d’utile au pays sans entrer dans des considérations de rentabilité : fourniture de bois de chauffage, de charbon de bois, construction de pistes et de chemins, initiation au travail du bois et du fer, à la maçonnerie... L’essentiel est la formation morale : elle a pour but de faire prendre conscience au jeune de ses devoirs d’homme et de ses responsabilités de citoyen.
Aucune "politique" n'est toléré dans les chantiers, ce qui signifie l'interdiction de la propagande des partis collaborationnistes et bien sûr des organisations de Résistance, mais aussi l'absence de radios, de débats et autres moyens de communication qui, même censurés, auraient permis aux jeunes de suivre l'évolution de la guerre et de la politique du régime, et de se faire une opinion personnelle.
Le 8 janvier 1941, les chantiers sont rattachés au secrétariat à l’Instruction publique. De six mois, le stage passe à huit et devient obligatoire pour tous les citoyens. Les jeunes de race juive en sont exclus à partir du 15 juillet 1942.
La tenue devait traduire des idées d’ordre, de correction, de discipline et donner l’impression d’élégante simplicité.
Pour les cadres : béret vert, chemise kaki, cravate verte, culotte de cheval claire ou pantalon de golf noir, blouson kaki clair ou beige, gants cuir fauve ou blanc.
Pour les jeunes : béret vert foncé, chemise kaki, cravate verte, pantalon golf, blouson avec ceinture de cuir fauve,
 
 
Insigne général des Chantiers de Jeunesse 
A partir de novembre 1942, les Allemands occupent aussi la zone libre. En septembre 1943, ils réclament que les jeunes gens des Chantiers de Jeunesse soient envoyés en Allemagne. Pour échapper au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), beaucoup fuient vers les maquis et seulement 16.500 jeunes des chantiers de jeunesse seraient partis au S.T.O., soit 2,5% de l’effectif global.
Les C.D.J. seront dissous en trois étapes, en juin 1944 par les Allemands (les jeunes sont transférés à l’organisation Todt pour la construction du mur de l’Atlantique), le 5 juillet par le gouvernement d’Alger et le 13 décembre par le Gouvernement Provisoire de la République. Le temps de stage accompli obligatoirement dans l’organisation des chantiers de la jeunesse est compté comme une durée égale de service militaire.
On estime le nombre de personnes passées par les Chantiers entre 300 000 et 500 000. Début 1943, ils devaient disposer d'un effectif permanent de quelque 30.000 jeunes.
 
Le groupement de Bourg 
   46 groupements sont installés en métropole, numérotés de 1 à 47 (le 41 n’ayant jamais existé). Basé aux Vennes, à Bourg en Bresse, le groupement N° 3 s’appelle « De Bournazel » (Henry de Bournazel, 1898–1933, dit l'Homme Rouge, était un militaire français qui fit l'objet, dans les années 1930 à 1950, d'un véritable culte patriotique, devenant pour certains le modèle du jeune officier). Construit par ses soins, son Poste de Commandement est maintenant la chapelle des Vennes.
Il comprend 10 groupes (10 camps) situés à Chalamont (1), aux Rippes (2 et 7), à Simandre (3 et 4), à Chavannes (5), à la Tranclière (6), à Drom (8), à Ceyzériat (9) et à Pont d’Ain (10).
Le groupe 8 (Drom) se nomme aussi Gallieni. Il est doté d’un insigne représentant une flamme tricolore, sur un 8 renfermant 2 tentes et surmontant la devise « Jusqu’au bout ».

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la Waffen SS et l'Ain

Jérôme Croyet
Docteur en histoire, président de MdAin 39-45 de 2011 à 2019

            Dès le printemps 1943, Joseph Darnand et Fenet, chef de la Milice de l'Ain, sont convaincu que « d’ici peu la Milice serait appelée à remplir des tâches importantes »[1], notamment un rôle militaire. En effet, comme la SS a engendrée la Waffen-SS en Allemagne, Darnand relayé par Fenet, entend voir la Milice capable d’engendrer une armée politique à même de structurer des unités combattantes politisées à la manière de la Waffen-SS, faisant ainsi la nique à la L.V.F. de Doriot. C’est ce qu’exprime le chef de la Milice, en mai 1943, à son camarade de l’Ain : « le président Laval devait faire il y a quelques jours une allocution radiodiffusée pour annoncer que le premier régiment de la nouvelle armée était constitué et que son contrôle au point de vue des effectifs serait effectué par la Milice »[2]. Toutefois le manque de confiance de Laval, à la fin de l’année 1943 en le mouvement de Darnand et la méfiance de la Werhmarcht va pousser la Milice a un rapprochement avec la SS, durant l’automne 1943. Darnand se rapproche de la S.S. afin d"émerger comme une des personnalités de premier plan dans l'échiquier politique"[3] français, ce rapprochement éloigne la Milice de la suspicion des généraux de la Werhmarcht et la rapproche favorablement de l'idéologie S.S. qui contribue à son armement. Darnand se tourne vers la S.S. au moment où les autorités allemandes avaient décidé de créer une unité de Waffen S.S. français, dont ils pensaient que la Milice serait un des réservoirs. Pour Darnand, fondateur de la Milice, cette opportunité est l'occasion d'égaler voir même de dépasser Doriot et sa L.V.F. En Août 1943, Darnand prête le serment de fidélité à Hitler et devient Sturmbannfürher dans la Waffen S.S. Avec l'armement des miliciens, Darnand remporte une victoire sur ses adversaires politiques et notamment sur Doriot et Laval.
De même Fenet, en bon soldat politique, suit le mouvement, et prend des renseignements sur les conditions d'engagement dans la Waffen S.S. Alors que Darnand prête serment à Hitler en Août 1943, Fenet reçoit la brochure d'engagement puis des notices sur le M.P.38 allemand et les méthodes d'instruction militaire, quittant ainsi de la Milice de l'Ain. Malgré son départ pour la Waffen S.S., Fenet reste en contact avec ses affidés miliciens d'autre fois. Avec l'engagement de Fenet, c'est le 27 Août 1943, que le chef de la Milice régional adresse à Simide sa nomination comme chef du département. Ce dernier reçoit sa promotion le 30.
            Dès lors des hommes de l'Ain vont s'engager dans la Waffen SS. Si certains, dans le département y entrent pour suivre Darnand ou Fenet, d'autres veulent faire le SS comme ils faisaient les gros bras et certains, déjà en Allemagne, adhèrent pour se « mettre dans les rangs des défenseurs de l'Europe »[4]. La volonté de la Direction SS du Reich est simple ; arriver à  « transposer en une « communauté de combat » sur le front la « communauté du peuple » de l’arrière. La conséquence était une transformation profonde de l’outil militaire institutionnel. Dans ce but, la propagande visant à faire de la Waffen-SS un modèle professionnel et idéologique a largement surfait la réputation d’élitisme militaire de la Waffen-SS »[5]. De fait, cette propagande idéaliste et mensongère bat son plein se fait le raciste dans l'égalité : car cet engagement sous-entend la possibilité aux SS français de peut-être être considérés un jour comme des Ayrens au même titre que les Allemands. 
Toutefois cet engagement reste marginal. Très peu de gens de l'Ain vont entrer dans la Waffen-SS, moins encore que ceux qui servent dans la Milice. A l'heure actuelle, seuls 6 types de l'Ain semblent avoir servis le régime Nazi dans la Waffen SS. Pour les familles, cet engagement est dur à digérer et certains en ont conscience : « vous allez dire il est fou d'aller dans la waffen SS »[6], mais le dogme anti-bolchévique et pseudo européen de la Waffen SS, bouclier protecteur des races européennes[7] a fait son œuvre d'endoctrinement sur des esprits déjà enclin à la collaboration : « maintenant il ne faut plus attendre, il faut agir pour tâcher de sauver notre cher pays. Il n'y a que la victoire de l'Allemagne qui peut nous sauver »[8]. Localement, une poignée d'égarés, notamment du PPF, servent le sipo SD de Lyon « dans la région de Lyon, le P.P.F. travaille avec le S.D., mais ignore systématiquement l’Abwerh, tandis que la Milice collabore volontiers avec l’Abwerh »[9].
A ces forcenés de l'idéalisme, s'ajoutent les presques malgré-nous de la Milice. En effet, après la fuite du département le 19 août, les miliciens et collaborationistes de l'Ain arrivent en Allemagne. Là, la Waffen SS va chercher à les débaucher au nom de l'ordre Européen, mais de fait, elle cherche à faire feu de tout bois et combler les rangs de ses troupes en baissant le niveau d'exigence d'engagement pour désormais recruter des Freiwiliger, qui n'ont qu'un statut de waffen SS provisoire. Ainsi, lorsque les miliciens de l’Ain sont parqués dans le camp de Khel, on les invite à rejoindre les rangs de la Waffen SS. Pour les membres de la L.V.F, le passage à l'uniforme S.S. est assez mal vécu : "les événements nous ont valu de passer brigade Charlemagne"[10].
Ce dernier carré de fanatiques est placé sous les ordres d'un des derniers généraux nommés par Vichy, le colonel Puaud[11] ancien officier au 133e RI à Belley. Cer dernier organise, comme Oberführer, de Septembre à Novembre 1944 la division française S.S. Charlemagne sur le terrain de manœuvre de Westpreussen, près de Konitz, puis au camp entraînement de Wildflecken près de Fulda où certains d'entre eux retrouvent Fenet. Là, les miliciens et leurs coreligionnaires sont armés et équipés à l'allemande, la seule différence entre eux est que les miliciens ne touchent même pas les fameux Sig-Runen du collet[12] dont Hitler avaient doté le régiment SS français. Les miliciens perçoivent une tenue camouflée allemande. Si certains miliciens de l’Ain n‘hésitent pas à rejoindre Fenet, d’autres à l’image de Chaduc, refusent. Ils sont alors démarchés par les autorités françaises de Sigmaringen. Ceux, trop anti-allemand, qui ne se résolvent pas à revêtir l'uniforme S.S., sont expédiés en camps de concentration.
            A la Libération, les anciens SS de l'Ain savent très bien que leur conduite est passible de la peine de mort au titre de la décision ministérielle du 10 août 1872 : armes portées contre la France, embauchage pour l'ennemi ou encore trahison. Ainsi, ces hommes ne vont pas tenter de revenir dans l'Ain où la Commission d'Epuration et la Cour de Justice les ont déjà épinglés.


[1]              Rapport de Janvier, 21 mai 1943. A.D. Ain 1288W.
[2]              Rapport de Janvier, 21 mai 1943. A.D. Ain 1288W.
[3]              GORDON (Bertram) : Un soldat du fascisme : l'évolution politique de Joseph Darnand in Revue d'Histoire de la 2e Guerre Mondiale, n°108, Octobre 1977.
[4]              Lettre du freiwiliger Jacques G. à sa mère à Bourg-en-Bresse, 16 juillet 1944. A.D. Ain 1433W.
[5]              LELEU (Jean-Luc) : « Soldats politiques en guerre : Sociologie, organisation, rôles et comportements des formations de la Waffen-SS en considération particulière de leur présence en Europe de l’Ouest, 1940-1945 », Trajectoires [Online], 1 | 2007, Online erschienen am: 16 Dezember 2009, besucht am 11 Oktober 2012. URL : http://trajectoires.revues.org/130
 
[6]              Lettre du freiwiliger Jacques G. à sa mère à Bourg-en-Bresse, 16 juillet 1944. A.D. Ain 1433W.
[7]              « La moitié des waffen SS étaient de nationalités étrangères. Ce n'est donc pas la nationa allemande qui est préférée en tant que Nation, mais en tant que capable de conquête, de violence qui mènera au Surhomme...loin d'être nationaliste, la nazisme est une internationale de la violence, groupant des étrangers (où)...l'antisémitisme fait parti de cette idéologie...[dans] une métaphysique de la mort qui doit créer la Beauté ». MOUTON (Georgette) : Jeunesse et génèse du nazisme, Editions Universelles, 1997.
[8]              Lettre du freiwiliger Jacques G. à sa mère à Bourg-en-Bresse, 16 juillet 1944. A.D. Ain 1433W.
[9]              Organisation générale de la Sicherheitpolozei et du S.D. en France. Bibliothèque de la ville de Lyon.
[10]             Lettre d'André Vigot, 2 avril 1945. A.D. Ain 125J.
[11]             Ce dernier semble être un proche de Doriot, puisqu’il arbore en 1941 les insignes des Gardes Françaises du P.P.F.
[12]             Militaria Magazine.

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les abris anti-aériens

Les abris durant la Guerre
Dans le cadre de la défense passive, créée en 1938 pour assister le Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre, la construction d’abris et de tranchées est réalisées pour la protection des populations civiles.
La Défense Passive a un rôle préventif contre le danger des attaques aériennes et dans la coordination des secours. Elle diffuse des consignes, informe sur la conduite à tenir en cas d’alerte.
Les abris étaient généralement construits à une distance éloignée des bâtiments pour empêcher qu’ils ne soient endommagés par les décombres des bâtiments bombardés. L’aménagement des caves en abris avait été prévu dans les immeubles d’habitation, administratifs et scolaires.
A Bourg, il y a encore quelques années, la maison à l'angle de la rue Delestraint et de la rue Lamartine, une belle propriété aujourd'hui détruite, avait dans son jardin un abri anti-aérien. Ce dernier de petite taille était voisin de la maison qu'occupait la sœur de Joseph Darnand, fondateur de la Milice et secrétaire d'Etat au maintien de l'ordre. Il est aussi à une centaine de mètres de la Gendarmerie, dans un quartier résidentiel. Cet abri ne semble pas avoir été construit ni avoir été actif lors du bombardement de la ville par les Italiens en juin 1940.
En 2018, lors de travaux au Lycée Lalande, des abris anti-aériennes ont été découvertes. Ouvrage en béton non armé, c'est un abri antiaérien construit pou protéger, sur des bancs alignés dans le tunnel en Z, les élèves en cas de bombardement. 
Des consctructions similaires ont été effectuées dans d'autres écoles et lycées en France notamment à Salon-de-Provence.

A Lyon, il semblerait que les abris antiaériens du boulevard des Etats-Unis,à Lyon, au nombre de trois, aient été construits en 1939. Au départ prévu comme tranchée provisoire, les abris furent réaménagés au cours de l’année 1939 en tant que tranchées permanentes avec des éléments de bétons armé. Ils mesuraient alors environ 130 mètres de long pour 500 personnes ! Ces lieux se présentent sous la forme d’un long couloir en chicane, pour réduire l’effet de souffle des bombes et des coups directs. Les abris ne furent pas initialement conçus pour résister à un bombardement mais pour se protéger du gaz moutarde utilisé par les allemands durant la 1ère Guerre Mondiale. Les abris font aussi écho au 26 mai 1944, date du bombardement allié qui fit 700 morts à Lyon dont 96 dans le quartier des Etats-Unis. La mémoire qui se dégage de ces lieux dépasse Lyon puisque ce dramatique bombardement a également touché de nombreuses villes en France et dans la région comme : Grenoble, Chambéry, Nice, Chartres… Mais ils rappellent aussi les 3591 bombardements des mois de mai et juin 44, ainsi que tous les autres, la souffrance des victimes civiles et le prix qu’elles durent payer pour voir la France libérée de l’emprise Allemande et Nazie.

Les abris au XXIe siècle
Le quartier des Etats-Unis du 8ème arrondissement de Lyon possède, le dernier abri antiaérien de la ville qui servait de refuge aux populations civiles lors des bombardements survenus durant la 2nde Guerre Mondiale, témoignage d’une période de l’Histoire qui a profondément marquée notre société.
Abandonné à la fin de la guerre, les abris furent redécouverts en 1986 à la hauteur du numéro 64 du boulevard à la suite d’un accident provoqué par un poids lourd. Ils ont pu être conservés car ils dépendaient vraisemblablement d’immeubles d’habitations. Tous les abris lyonnais construits sous des édifices publics ont aujourd’hui disparu.
Plus de 60 ans après leur construction, après avoir résisté aux tonnes de bombes déversées sur la ville, les derniers abris antiaériens de Lyon furent récemment menacés de destruction par la construction de la nouvelle ligne de tramway. Les abris étaient, en effet, situés sur le tracé de la ligne T4.
Grâce au soutien et à la mobilisation d’un grand nombre de personnes ainsi que la prise en charge des travaux par le Sytral, un des trois abris a pu être démonté et déplacé de quelques centaines de mètres plus loin, pour s’enfuir square Picod, à proximité du musée Tony Garnier. L’objectif du Comité d’Intérêt Local des Etats-Unis est aujourd’hui de faire de cet abri un lieu de mémoire et d’exposition était ouvert au public, en hommage aux victimes civiles de toutes nationalités, sans oublier ceux qui aujourd’hui dans le monde, subissent encore la terreur des
bombardements. Il est pour l'instant fermé au plus grand mécontement des lyonnais.
L'abri du quartier Bel-Air à Bourg a été détruit vers 2008 pour laisser la place à un ensemble immobilier spéculateur n'ayant pas pris en compte ce partimoine urbain et historique.