Le Monde en Guerre : articles en ligne

LES PRISONNIERS DE GUERRE ALLEMANDS DANS LA FRANCE LIBEREE
1945 – 1949


« Six fois plus nombreux en 1945 qu'en 1918, les Prisonniers de Guerre Allemands sur le sol français sont immergés dans la situation dramatique du pays à la Libération. Ils connaissent  l’urgence sanitaire des premières semaines puis participent à l’effort de reconstruction, finissant par s’attirer le respect de la population locale »[1].
Il y a 750 000 prisonniers de guerre allemands (PGA) sur le sol français en 1945. Pour la plupart transférés par les autorités militaires américaines, certains vont y rester plus de quatre ans, jusqu’en décembre 1948.
Devant l’état physique déplorable des soldats remis par les autorités américaines, un rapport de l’abbé Deriès accuse ces derniers de chercher à se défausser sur les Français d’un grand nombre de décès. La presse américaine renverse l’accusation de mauvais traitement, et laisse entendre que les Français ne respectent pas leurs engagements et affament les PGA. Certaines plumes se montrent particulièrement outrancières. La National Catholic Welfare Conference parle d’une « nouvelle forme d’esclavage », et, sans fondements, évoque des cas de stérilisation forcée.
Pour le Gouvernement français le recours au travail des P.G.A. est une nécessité vitale pour l'économie nationale. La mise en place du travail des PGA dans l’Ain est effective dès janvier 1945 au dépôt 142 d’abord basé à la caserne Brouet à Bourg est transféré à Thol. De Gaulle lui-même considère qu’il y a trois raisons suffisantes de bien traiter ces hommes : l’humanité, la réputation internationale du pays et la recherche de l’efficacité dans le travail. La ration alimentaire passe de 1600 à 1835 calories en octobre 1945, ce qui est supérieur aux rations anglo-saxonnes dans l’Allemagne occupée. De plus, passés les premiers mois dans des camps, la situation des PGA s’améliore avec leur intégration à des commandos de travail où, passée la méfiance initiale, ils se font accepter par la population. Les plus chanceux travaillent à la campagne, auprès de l’habitant, échappant ainsi au contrôle de l’armée. Les moins bien lotis peinent sur de grands chantiers urbains. En 1945, l’Ain compte 1274 PGA Allemands et 225 PGA Autrichiens. En 1946, les kommandos de travail sont formés à raison de 25 hommes par kommando. Les communes touchent des subventions pour l’emploi des PGA. Celles-ci se montent à 124 525 francs pour l’exercice de 1946. Ces demandes de main d’œuvre sont faites par les maires au directeur départemental de la Main d’œuvre. Au 1er août 1947, l’Ain compte encore 3 613 PGA employés par des entreprises privées[2] et 948 par l’administration française.
 
Le Service historique de l’armée de terre française a recensé 17 773 morts en 1944 et 1945 puis 5 112 en 1946. Sur l’ensemble de la période 1944-1946, la proportion de décès représente 3,05%, un taux tout à fait comparable au 3,7% de décès parmi les PG français détenus en Allemagne entre 1940 et 1945. Les causes principales sont la maladie, dans 68 % des cas souvent liée à des carences alimentaires, et les explosions de mines. Les souffrances des PGA ont résulté avant tout de l’impréparation et l’état de délabrement matériel de la France à la Libération vampirisée économiquement par le Reich, et non d’une volonté de vengeance à l’égard des anciens occupants.
La décision pour les libérer est difficile à accepter de la part des Français car les PGA sont fréquemment perçus comme une compensation légitime quand le pays manque de main-d’œuvre pour sa reconstruction. Il faut les efforts de la Croix rouge et de l’aumônerie catholique pour que l’opinion prenne conscience de la situation. Si Le Figaro écrit le 19 septembre 1945 : « Nul ne songerait à s’étonner que dans les camps de prisonniers allemands la discipline fût rude, le régime ascétique, le travail pénible », c’est pour mieux affirmer : « Chaque injustice, chaque affront, chaque vol, chaque coup qui frappe un soldat allemand vient, à travers sa victime, souffleter le visage de la France. ». En 1947, des PGA dans l’Ain se plaignent des faibles rations et du manque de nourriture poussant certains à voler des légumes et d’autres à refuser de travailler. 1947 et 1948 sont des années marquées par les évasions : de 25 en 1947 elles passent à 48 en 1948 notamment à Dortan, ville martyr.
 
Les premières libérations débutent en septembre et octobre 1945 avec celles des Italiens, des autrichiens et des Roumains. Au mois de mars 1946, les premiers Hongrois sont libérés. La France libérera en septembre 1945, 38.000 Italiens en Afrique du Nord et 12.500 en métropole (Camp de Marseille et de St Médard-en-Jallès près de Bordeaux).
La France a voulu faire un geste de libéralité à l'égard du nouveau gouvernement de Vienne en accordant le 18 octobre 1945 la libération des P.G. autrichiens. Sont retenus les SS et les hauts membres du parti nazi ; par la suite ils seront rendus, à charge à leur gouvernement de les juger devant les tribunaux autrichiens. Sera en outre autorisé ultérieurement, le rapatriement en Autriche d'un certain nombre de PG allemands, puis de P.G. tchécoslovaques et yougoslaves non reconnus par leurs missions, mais dont les familles se sont réfugiées en Autriche et que le gouvernement autrichien qui les réclame, se propose de les naturaliser pour reconstituer son capital humain usé par la guerre. Plus de 50 000 P.G. seront ainsi rapatriés sur l'Autriche. Ils transitèrent par le dépôt 501 du Coudray près de Chartres. Très peu d'Autrichiens choisissent de rester en France comme travailleurs  libres.
Plusieurs milliers de  Roumains sont libérés à partir du 26 octobre 1945, la Roumanie n'ayant pas été en guerre contre la France. Ces derniers étaient rassemblés à Sedan et Givet. En reconnaissance de l'hospitalité offerte par la Hongrie à 8 000 P.G. français évadés d'Allemagne, le gouvernement français décide le 9 mars 1946 la libération de 10 000 Hongrois avec la faculté pour ceux qui le désiraient de rester en France. Quelques centaines prirent ce choix.
La durée de détention des prisonniers, encore 301 000 début 1948, nourrit l’indignation. Il est vrai que leur libération aura été accélérée par les pressions américaines visant, au moment de la mise en place du plan Marshall, à serrer les rangs face à l’URSS : "L'opinion publique américaine où le concept du travail forcé rencontre une opposition extrêmement vigoureuse, se prononce de plus en plus largement en faveur du prochain rapatriement des prisonniers"[3]. En 1948 et 1949, les PGA dans l’Ain obtiennent le statut de travailleur libre. Leur rapatriement est organisé dès décembre 1947. Chaque PGA touche 1 000 francs de son employeur pour son retour.
 
[1] http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/histoire/Tabous-de-l-histoire/NAV-juillet/926408.html
[2] En 1948, 488 PGA sont à Thol pour travailler dans l’agriculture sur 41 communes. 266 PGA travaillent au forestage, 119 dans des mines, des carrières ou des houillières, 22 dans l’industrie chimique, 332 dans la reconstruction, 71 à la SNCF, 741 au barrage de Génissiat, 10 dans la sidérurgie et la métallurgie et 20 dans l’administration.
[3] Note de Mr Gaffery, Ambassadeur des Etats Unis à Paris au Président Bidault le 3 décembre 1946.

par Jérôme Croyet
docteur en histoire, ancien président de MdAin 39-45

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aperçu de la campagne de France 1939 - 1940

L'offensive des forces de l'Axe débute le 10 mai 1940, mettant fin à la «drôle de guerre», la Wehrmacht envahie, les Pays Bas, le Luxembourg et la Belgique. Quatre jours plus tard, le 14 juin, les armées allemandes atteignent Paris, la capitale Française est déclarée « ville ouverte ».
L'armée des Alpes (la 4e armée française), dont la dénomination désigne l'ensemble des divisions de l'armée Française stationnées dans les Alpes de décembre 1939 à juin 1940, soit trois divisions de montagne et deux divisions coloniales, qui est commandée par le général Orly, dispose  de près de 176 000 hommes, dont 85 000 en première ligne.
Le 20 mai, deux divisions de Panzer commandées par Guderian atteignent Abbeville et la mer. La Wehrmacht parvient ainsi à couper en deux les armées alliées. Un million de soldats français, belges et britanniques se retrouvent isolés entre la Manche et les troupes allemandes dont les chars poursuivent leur progression vers la côte. Jusqu'au 4 juin, acculé par les allemands dans le Nord du pays, les troupes  Britannique et une partie des troupes Française vont ré-embarquer dans le secteur de Dunkerque, le corps expéditionnaire Britannique y laissera sur place une très grande partie de son matériel.


la campagne dans les Alpes

Afin d’éviter à l'armée Française des Alpes de se retrouver prise entre deux feux, le commandement français organise une ligne de résistance sur le Rhône. Le 15 juin, à 8h, le général Cartier qui vient de prendre le commandement d'un groupe Dauphiné-Savoie créé à cet effet, réunit à Chambéry, les commandants des subdivisions territoriales de Bourg, Grenoble et Chambéry afin d’organiser la première ligne de défense, sur un front de près de 130 km. La ligne de défense est répartie en trois secteurs.
Le secteur Est,  est placé sous les ordres du général Clarion, doit interdire le cours du Rhône de Culoz à Saint-Didier-D'Aoste, préparer et assurer la défense du Guiers, barrer la ligne sur les montagnes du Chat-Epine et de l'Epine-Les Echelles- montagne du Granier. Et de plus doit tenir un front de 32 km sans aucunes armes lourdes   et avec un État-major réduit, les troupes sont constituées pour les deux tiers de nouvelles recrues, et de nombreux officiers ne connaissant pas leurs hommes.
Le secteur Centre, est commandé par le colonel de Bissy, assisté par le commandant Chazalet, le secteur s’étend d"Aoste à Lagnieu et doit également défendre les ponts d'Aoste et Brégnier. Le P.C. est installé à Morestel le 16 juin. Les troupes du colonel de Bissy sont aussi de valeurs combatives inégales, le nombre de soldat est important mais peu entraîné, la meilleure unité est le 3ème bataillon du 25ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, aux ordres du chef de bataillon Letang en position à Vertrieu. Les autres soldats sont des « récupérés » ou de jeunes recrues, munis d'armes datant de la première guerre, sans aucuns antichar.
Le secteur Ouest, placé sous les ordres du colonel Héricourt va du pont de Lagnieu à Lyon, et dispose d'unités issues des réserves régionales, le 1er bataillon du 143ème Régiment de Réserve de Bourgoin qui met affiche trois compagnies de fusillers-voltigeurs, deux sections de 65 M porté, deux sections de chars, un peloton motocycliste. Le P.C. est installé à la gendarmerie de la Verpillère.
La bataille des Alpes prend fin avec la signature de l'armistice entre la France et l’Italie. L'armistice avec l'Allemagne entre en application à 19 heures, celui avec l'Italie à minuit. Le gouvernement polonais en exil s'installe à Londres. Cependant les armées allemandes et italiennes n'ont pas pu faire leur jonction comme le souhaitait le Duce Benito Mussolini.
L'armée des Alpes est dissoute le 25 juin 1940, le lendemain de la signature de l'armistice.

Le 17 juin 1940, le préfet d'Eure-et-Loire, Jean Moulin est arrêté par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs sénégalais de l'Armée française d'avoir commis des atrocités envers la population civile près de Saint-Georges-sur-Eure (en réalité les civiles ont été victimes d’un bombardement allemand). Roué de coups le préfet est enfermé pour refus de complicité avec les Allemands, et tente de mettre fin à ces jours en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Il est rapidement secouru et échappe de peu à la mort, mais gardera une belle cicatrice au cou qu’il cachera d’un foulard.

par Stéf Lavit
président d'Overlord 44, Fm du GMT 713
auteur de la 45e Division d'infanterie américaine, Histoire et Collections éditeur

le combat de Bassy 1940

Le 22 au matin, les allemands font une tentative pour prendre l'avant-poste de Longeray, les sentinelles françaises les accrochent et les force à se replier. Le pont de Grésin est détruit, la passerelle d’Essertoux est coupée, tandis qu’à Culoz le pont de la Loi est intact, et ouvre aux Allemands la route vers Aix-les-Bains.
Ce même matin, a Bassy, vers les 8H15 après une nuit froide et humide le soldat de faction vient réveiller l’aspirant Jourdan en criant « les boches, les boches !! » ; Les premiers motards ennemis sont aperçus sur la route d’en face de l’autre côté du Rhône, vers Etranginaz, bientôt suivis des camions, ce sont des véhicules du IIIe bataillon de l’IF 66 de la Wehrmacht qui foncent en direction de Seyssel/Culoz, c’est le branle-bas de combat, les soldats français encore engourdis par une mauvaise nuit gagnent leurs positions de combat, et attendent à l’abri derrière le mur de soubassement du cimetière. L’aspirant Jourdan prévient rapidement par téléphone son supérieur, le capitaine Hap, au pc de la compagnie à Seyssel, de l’arrivée de l’ennemi, ce dernier transmet à ses supérieurs qui donnent l’ordre d’ouvrir le feu. Jourdan attend que les véhicules allemands soient totalement à découvert et à surtout à bonne portée, puis ordonne l’ouverture du feu ! Au même moment dans Seyssel les troupes sont misent en alerte et les hommes gagnent à la hâte leur positions de combats. Les troupes françaises depuis Bassy ouvrent le feu par-dessus le Rhône, la position est remarquable. L’ennemi à découvert et surpris, essuie le feu de l’infanterie et reçoit des obus de mortiers. Les allemands sautent des camions, certains brûlent. Le bruit des combats résonne dans toute la vallée.
Pendant ce temps à Pyrimont, un groupe de la troisième compagnie du 189e BAF et une pièce de 25mm commandée par le sergent Vagnoux tiennent le débouché du Rhône coté Haute-Savoie, devant l’attaque allemande sur Bellegarde et l’avancée le long du fleuve, l’ordre de destruction du pont est donné, à 8h30 une première tentative échoue.
Par-dessus le fleuve, les allemands envoie des fumigènes pour régler le tir de leur artillerie. L’aspirant Jourdan et le sous-lieutenant Simon Faury vont de poste en poste pour encourager leurs hommes malgré le déluge de feu qui s’abat sur leurs positions. Puis quelques minutes plus tard les premiers obus tombent sur le clocher de Bassy ; par miracle la section Jourdan et la section de réservistes qui les accompagne n’ont qu’un seul blessé, un obus percute la barrière en fer entourant le cimetière près de la tombe de la famille Jacquemier et atteint dans son trou d’homme le soldat Gilbert Courtois, matricule 1840 ; gravement atteint il est évacué vers l’arrière ou une jeune habitante du village Madeleine Abry (née Chenal) va lui prodiguer les premiers soins, mais trop gravement atteint le soldat Courtois décède le lendemain ; les jeunes recrues tiennent bon et font le coup de feu sur les troupes ennemies descendant vers les bois de Corbonod, l’artillerie allemand continue ses tirs, une voiture civile est repérée par les artilleurs au sud de Bassy, elle est aussitôt encadrée par une pluie d’obus qui la rate mais touchent deux civiles fuyant les combats, madame Trauchon est tuée et sa fille blessée, une petite centaine d’obus tombent sur le village. Dès le début de l’accrochage, la population s’est terrée dans les caves ou à fuie dans les bois environnants, certains cachés sous le petit pont de « choux », des obus tombent sur l’église, des bois de maisons sont crevés, les murs se lézardent ou s’écroulent sous les explosions, les prés sont parsemés de cratères.
A 10 heures vingt, le sergent Vagnoux réussit enfin à faire sauter le pont de Pyrimont, dont il ne reste que les piliers, le petit canon de 25mm est amarré derrière une chenillette Renault UE et les hommes abandonnent la position. Le feu décroît et cesse vers midi, les allemands se regroupent entre Gignez et Puthier, les fantassins regagnent leurs véhicules et prennent la direction de Billiat. Après cet arrêt causé par la résistance d’une poignée de soldats français les allemands reprennent leur progression vers le sud, sur Seyssel.
La colonne allemande venant de Corbonod se porte peu après sur la droite du Rhône a Seyssel Ain, et longe la berge en direction de la place Grenin, un des camions rempli d’homme est touché par un tir de 25mm puis les mitrailleuses Hotchkiss font pleuvoir la mitraille, la bataille se déchaîne sur les rives de la ville, l’artillerie allemande s’en mêle et pilonne les deux Seyssel ; les troupes françaises évacueront Seyssel en passant par la montagne des princes, coté Haute-Savoie.
Dans la soirée, le général Michal donne l’ordre d’inonder le chantier du barrage de Génissiat. À 18 heures 50, l’armistice franco-allemand est signé dans le wagon de la clairière de Rethondes (le même wagon où fut signé l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale), en forêt de Compiègne, la délégation française est menée par le général Huntziger et celle de l'Allemagne par le général Keitel. Le même jour les Allemands sont à Lagnieu.

par Stéf Lavit
président d'Overlord 44, membre de MdAin 39-45
auteur de la 45e Division d'infanterie américaine, Histoire et Collections éditeur

Koufra n'est pas le fruit d'un heureux hasard

Dès l’automne 1940, les Italiens sont présents en Libye. Ils constituent une menace tant pour la France Libre, présente en Afrique équatoriale française, pour les Alliés ; les Italiens ne restent pas non plus un allié de l’Etat Français. Les Français Libres en AEF, disposent au nord du Tchad d'une longue frontière commune avec la Libye italienne. En contact direct avec l'ennemi, la France Libre a cependant la possibilité d'engager des offensives vers le nord qui pourront s'associer aux opérations menées par ses alliés britanniques depuis l'Égypte.
C’est au sein des français libres des troupes équatoriales françaises que s’engagent André Pezieu natif de Pont-de-Vaux, Michel Arnaud, Hubert Balme, François Triboulet, Philippe Borruat et Camille Bassieux natifs de Bourg, François Berrod et André Lambert natifs de Nantua, Gaston Bertrand natif d’Izenave, Joseph Victor Mazuy de Lapeyrouse, Robert Granger de Sermoyer en août 1940.

Frapper pour exister : Koufra
Le 2 décembre 1940, Leclerc est nommé commandant militaire du Tchad. Il « est chargé de préparer l’opération contre le Fezzan et, pour commencer, contre l’oasis fortifiée de Koufra »[1].
Leclerc, officiellement, « Après trois mois de préparatifs et de reconnaissances terrestres et aériennes, la colonne Leclerc s’empare de Koufra le 1er mars 1941 ». Or, le jour même de sa prise de commandement, le 2 décembre 1940, un rapport sur la possibilité de prendre Koufra est établit. Il s’agit de cadrer un possible « théâtre d'opération [qui] peut s'inscrire dans un quadrilatère limité :
au Nord, par la Méditerranée
au Sud, par la transversale Lamy – Abèche
à l'Ouest, par l'axe Tripoli – Mourzouck – Bouar Bilma
à l'Est, par l'axe Benghasi – Koufra – Ounianga – Largeau Abeche »[2].

La légende forge la prise de Koufra comme un raid, presque hasardeux : « en quelques jours, il réunit les moyens de transport (une centaine de camionnettes, équipées de mitrailleuses et de mortiers de 81 mm) et les effectifs (350 hommes) nécessaires au raid sur Koufra »[3].
De fait, il n’en est rien.
L’armée française, forte de son savoir et de son apprentissage centenaire, prépare une opération dans les règles de l’art, pas dans une sorte de virée presque improvisée et organisée sur le fil.

Koufra : le fruit du génie stratégique français
Le bureau chargé de ces renseignements établi rapidement que la zone principal d'action est la région désertique, la région cotière « stationnant les principales garnisons » ; dans cette région désertique, les oasis de Fezzanaises et Koufra sont désignées comme étant « obligatoirement les bases d'opérations des colonnes italiennes »[4]. De ce fait, Koufra est explicitement désignée : sa distance est même soulignée : 600 kilomètres de l'Ennedi ; ce n’est pas juste une attaque d’opportunité voulue par « Leclerc [qui] projette d'attaquer Koufra, oasis italienne au sud-est de la Libye, distante de près de 2000 km »[5]
Le bureau analyse les données géographiques de faisabilité des déplacements : les trois massifs de l'Afafi, du Tibesti et de l'Ennedi ne sont « perméables [qu]'à l'infanterie et aux méharistes, imperméables aux engins motorisés ». Seul un couloir entre Afafi et Tibesti, l'est ainsi que la trouée du Borkou.

Les agents constatent que les Italiens, conscients de l'impossibilité de se rendre dans l'épine du Tibesti, ont fait des efforts pour utiliser les deux déserts perméables à l'Ouest et l'Est de ce massif rocheux.
Pour les Français, « seules deux pénétrantes sont à envisager une à l'Est vers Ouri – Terkro[6] ; l'autre à l'Ouest vers Bilma - Zouar ». Une série d'éléments, prenant en compte des retours d'expériences d'officiers dans les années 30, explique la praticabilité de certaines parties de ces déserts par des véhicules ainsi que leur retombées sur les chauffeurs[7]. Sur les portions praticables, Sarra – Bichara, Bichara – Koufra, les moyens de baliser sont expliqués avec la mise en œuvre, discrète, de « petites pyramides de cailloux par des branches de palmier...complété par des tonnelets remplis de sable » ou d'un balisage définitif avec des panneaux en fer.

Suite à cette note de faisabilité par des automobiles sahariennes, les moyens de ravitaillement en eau sont évalués[8], notamment en direction de Koufra par els axes Ouri – Koufra et Tekro – Koufra.

Dès le mois de février 1940, les renseignements sont pris sur la position des « troupes d'occupation après renforts venus de la Métropole »{C}{cke_protected_1}[9]{C}{cke_protected_2}. Il s'agit des XXe, XXIe et Xe corps d'armée à Tripoli, Benghasi et Mismata et des VIe, XXIIe et XIIIe corps d'armée à Tripoli, Derna et Homs. Ce qui est le plus décortiqué ne sont pas ses unités presque métropolitaines des 60e, 61e, 62e, 63e 55e, 27e ou 25e divisions d'infanterie mais le corps d'armée colonial du sahara Lybique. Celui disposant d'unités méharistes se trouvant directement sur la frontière du Tchad. « Répartis en deux centres d'inégales importances » à l'Est et à l'Ouest, laissant un couloir central. Les terrains d'aviation italiens sont détaillés : avec ravitaillement et radio, au nombre de 4 dont Koufra avec un poste radiogonio, ceux avec dépôt d'essence au nombre de 7 et ceux avec un poste de secours au nombre de 11.

Suite à ces données techniques, géographiques, les services rendent compte des possibilités d'action : destination Koufra.
Ils prévoient une compagnie légère de 120 hommes, une section de mitrailleuses de 30 hommes, une section de mortiers de 25 hommes et une section de 25 hommes supplémentaire.
Pour transporter, armer et ravitailler cette colonne, les besoins estimés sont de 50 camions plus 450 chameaux pour une unité méhariste.
« Une action sur Koufra demande d'amener à pied d'oeuvre des effectifs assez importants. Il y aurait donc lieu de mener cette mise à pied d'oeuvre, par petits détachements qui emprunteraient les trois axes reconnus et qui se regrouperaient à Rebiane et Bicharra. Deux pelotons de méharistes d'une valeur de 100 hommes chacun, emprunteraient les axes Ouri – Rebiane – El Aouenat – Bicharra couverts par de petits éléments portés.
L'axe Tekro – Bicharra reconnu comme plus automobilable serait réservé à une colonne portée de 200 hommes avec armement lourd ».
Ce plan, qui se fait avec l'appui des Britanniques, a pour différents objectifs :
«1 – un gros retentissement sur moral de toutes les troupes africaines et particulièrement sur les unités sahariennes voisines.
2 – mettrait Faya à l'abri d'une incursion aérienne
3 – couperait éventuellement les liaisons aériennes Lybie – Abyssinie
4 – donnerait à l'Afrique Française Libre une atmosphère guerre qui lui fait complètement défaut ».

Toutefois, le 8 février, de nouveaux renseignements, venant de sources réputées « bonnes » sont transmis au général commandant supérieur par le chef de secteur du SEE de l’AEF. Ainsi, les distances sont actualisées : 48 heures pour aller à Koufra en véhicules de reconnaissance. L’état des fortifications est donné ainsi que des éléments sur la base aérienne se trouvant à 4 kilomètres, sa structure, son essence.
C'est, en partie selon ces principes et ces renseignements, que Leclerc va se mettre en action ; c’est avec cette action, stratégique, préparée dans les règles de l’art de l’école de guerre que les Français Libres entrent dans la Légende, que le général De Gaulle bénéficie d’une armée et d’une écoute.


[1]  http://www.france-libre.net/koufra-fezzan/
[2]  Etude sur la Lybie, 2 décembre 1940. Centre de documentation du Musée de l'Empéri.
[3]  http://www.france-libre.net/koufra-fezzan/
[4] http://www.france-libre.net/koufra-fezzan/
[5] http://www.fondation-leclerc.com/218/leclerc-et-ses-hommes/colonne-leclerc-2eme-db/afrique-francaise-libre/serment-koufra.htm
[6] Se basant sur le voyage d'un marchand syrien en 1935, ce désert jusqu'à Koufra est déclaré « praticable à tous les véhicules »
[7] La portion Tekro – Sarra est promet « quelques épreuves tant pour les véhicules que pour les conducteurs »
[8] Il s'agit de puits, comme à I'chiussi, Jef Jef, Sarra ou Male, des palemrais comme à Hassenofou et Rebiane.
[9] Etude sur la Lybie, 2 décembre 1940. Centre de documentation du Musée de l'Empéri.

Jérôme Croyet

docteur en histoire

Les drogues de combat allemandes

Après de premières recherches au Japon et aux États-Unis dans les années 1920, c'est en Allemagne, en 1937, qu'un chimiste arrive à synthétiser une amphétamine particulièrement efficace, la méthamphétamine. Elle est commercialisée la même année par la firme Temmler sous le nom de pervitine. Très vite, les médecins de la Wehrmacht s'intéressent à ce nouvel excitant du système nerveux qui accroît la vigilance, la résistance à la fatigue et le sentiment d'invincibilité. Toutefois, ces drogues ont des effets rétroactifs lourds : besoin de récupération double et surtout problème de comportement et pshychique.
Distribuée aux équipages de chars et aux pilotes d'avions aussi bien qu'aux fantassins, la "pilule magique" permet à l'armée allemande d'envahir la France et l'URSS à marche forcée mais aussi de tenir et de combattre durant la campagne des Ardennes en 1944 - 45.
Dans les derniers moments du Reich, elle sert à faire tenir les recrues des Jeunesses hitlériennes qui, après l'école, sont mobilisées dans la défense antiaérienne la nuit. Les doses sont distribuées par un officier devant lequel elles doivent être bue. Les témoins de cette époque révèlent aussi que, tant dans l'armée que dans la population civile, la consommation de pervitine en Allemagne s'est prolongée bien au-delà de la fin des hostilités.

le débarquement de Dieppe

Le 19 août 1942, les Alliés lancent l'opération Jubilée ; à 3 h du matin une force navale composée de huit destroyers et quatre chasseurs de sous-marins escortent près de 250 engins de débarquement de tous types repartit en 13 groupes, traversent la Manche pour les côtes françaises afin de tester les défenses de « Festung Europa »  (la « Forteresse Europe »)  ; à 4 h 45, les troupes canadiennes et deux commandos britanniques accompagnés de 50 rangers américains et 15 fusiliers marins commando « Français libres » débarquent, sur un front large de 20 km en quatre points de la côte de part et d'autre du port de Dieppe. Prévue pour 9 h, Vanquish, nom de code pour l'ordre d'évacuation des plages, n’est lancé qu’a 11 h. Les opérations de rembarquement s'effectuent sous la protection des canons des destroyers qui se sont avancés au plus près possible de la plage.
La Royal Air Force et la Royal Canadian Air Force multiplient leurs attaques sous les tirs de la Flak, la défense antiaérienne allemande. 106 avions ne rentreront pas leur base au Royaume-Uni.
À 11 heures, la marée est basse et laisse une grande partie de la plage à découvert ; les hommes doivent la franchir sans protection pour embarquer sur les bateaux , sous le tir incessant des armes automatiques, courir entre les explosions d'obus, et le hurlement des chasseurs de la Luftwaffe qui attaquent en piqué, la retraite jusqu'aux bateaux est particulièrement chaotique et lourde en perte d'hommes. Près de 1 800 y laisseront leur vie. Tandis que les rescapés regagnent le Royaume-Uni, les captifs par centaines entament une longue marche vers les camps de prisonniers.
par Stéf Lavit
Président d'Overlord 44, membre de MdAin 39-45