L'occupation dans l'Ain

Généralitées sur les allemands dans l'Ain

Département sensible et dangereux pour les troupes d’occupation allemande, l’Ain va mobiliser des dizaines de milliers de combattants allemands durant l’année 1944. Si beaucoup d’unités et de groupes le parcours (comme une unité S.S. commandée par un lieutenant le la Luftwaffe en août 1944 vers Collonges ou le Sipo S.D. de Lyon à Izieu et Bourg) certaines sont identifiées. 


L’Ain n’est pas la région

Toutes les troupes et forces allemandes agissant dans l’Ain ne sont pas nécessairement stationnées dans le département, loin de là. A défaut d’une lecture claire des positions des troupes allemandes ainsi que la méconnaissance totale d’icelles, leurs actions et leurs présence donnent trop souvent lieu à des interprétations notoires et des affirmations erronées avec en premier lieu la Gestapo et la S.S. à qui la méconnaissance et l’imaginaire collectif attribuent tout les maux des exactions des troupes d’occupation dans l’Ain. En effet, dès 1946, l’Etat de la République Française restaurée se met en quête de rechercher les coupables des crimes de guerre commis dans l’Ain. Si d’amblée il s’avère que ces derniers

Au même moment, en Allemagne, mais aussi en France naît l’histoire inventée d’une armée allemande, la Werhmarcht, propre, qui se déleste de ses crimes sur la seule responsabilité de la S.S., le tout dans un soucis de paix sociale et politique européenne au moment où se met en place les blocs de l’Est et de l’O.T.A.N.

Le cas de Gex           

Dès juillet 1940, le pays de Gex n’est plus rattaché à l’Ain mais au Doubs et est considéré comme zone interdite. Il est confié à l’administration SS. S’y installe le Kommandobehörden O.K.(I) 890, la Kreiskommandantur 890 et une antenne du SD de Lyon, le SD-Einsatzkommando Lyon - Außenstelle Gex, confié à Klaus Barbi.

Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939-1945

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la police allemande dans l'Ain

En effet, la présence des troupes allemandes dans le département et la Région ne sont pas la même chose. Ainsi, l’Ain n’a pas de siège permanent de S.S. ni de la Gestapo. En effet, « à partir de novembre 1942, la France est divisée au point de vue du S.D. en 13 Einsatkommando »[1]. L’Ain se situe entre Grenoble[2], Lyon[3] et Dijon[4], toutes trois sièges de commandements régionaux du SIPO/SD, ou KDS. Lyon, métropole régionale, est la seule ville à avoir un siège de la Gestapo, dirigé par Klaus Barbi. Au niveau des départements, un certain nombre d’annexes, Aussenkommando, sont mises en place. Si celui de Saint-Etienne dure jusqu’à la Libération, celui de Bourg est rapidement dissout[5] et rattaché à Lyon dont l’autorité s’étend sur 10 départements, dont l’Ain. Si des antennes locales, Aussendienststelle, sont mises en place pour surveiller le territoire en septembre 1943, aucune n’est mise en place dans l’Ain.

La mission du S.D. est « d’origine à la fois policière (S.I.P.O.) et politique (S.D.), le S.D. vulgairement appelé Gestapo prétend contrôler intégralement toutes les manifestations politiques, économiques, culturelles, raciales et religieuses…Les formations militaires comme la Feldgendarmerie et les formations auxiliaires de police, comme la douane allemande sont également en rapport constant avec le S.D….les agents allemands du S.D. peuvent se diviser tous simplement en plusieurs catégories ; les uns viennent du S.D. et sont tous membres des S.S. ; ils tiennent en général les leviers de commande et forment l’ossature des Sections Actives…Les autres sont d’anciens policiers venant soit de la KRIPO soit même de l’ORPO et mobilisé comme sous-officiers de S.S….Du personnel complémentaire choisi par ses connaissances linguistiques ou par sa formation politique existe également : ce sont tantôt des hommes de la Wehrmarcht versés dans les S.S. avec un grade équivalent au leur, tantôt des douaniers qui remplissent souvent les fonctions d’interprète ou de secrétaire et conservent leur titre de Grenzzollassistant (G.Z.A.) »[6].

La Feldgendarmerie
La Felgendarmerie est présente dans différentes parties du département : Feldgendarmerietrupp 977 de Bourg ou à la Feldgendarmerietrupp 594 de Nantua.

Des unités de feldegendarmes de Bourg, Gex et La Cluse, mais aussi de Mâcon et de Saint-Étienne, participent aux opérations du printemps 1944, où elle radicalise ses méthodes, brutalisant les témoins et suspects, tout en travaillant de concert avec les S.S.. L’unité la plus significative est la feldgendarmerie de Gex qui, au sein d’une entité soumise à l’autorité de la S.S., agit de concert avec elle mais de la même manière, radicalisant ses méthodes brutales dès la mi-printemps 1944.

Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939-1945

[1]              Organisation générale de la Sicherheitpolozei et du S.D. en France. Bibliothèque de la ville de Lyon.
[2]              Le KDS de Grenoble est situé 57 boulevard Gambetta et est sous l’autorité du kommandeur Hartung.
[3]              Le KDS de Lyon est situé à l’hôtel Terminus et à l’Ecole de Santé. Il est sous l’autorité du kommandeur Knab. Après le bombardement du 26 mai 1944, la Gestapo prend siège place Bellecour.
[4]              Le KDS de Dijon est situé 9 bis rue docteur Chaussier et est sous l’autorité des kommandeurs Meier et Hult.
[5]              Le personnel se trouvant à Bourg est alors rapatrié sur Lyon.
[6]              Organisation générale de la Sicherheitpolozei et du S.D. en France. Bibliothèque de la ville de Lyon.

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1943 : un lourd passif

Dès le 1er octobre 1942, la 159e division de réserve[1] arrive à Bourg où elle reste avant de partir sur l’Atlantique le 8 janvier 1944. En décembre 1942, le Verbindungsstab 988, qui comprend la Feldkommandantur 602, arrive à Bourg[2]. Son rayon d’action s’étend sur tout le département de l’Ain. Le Verbindungsstab 493, feldposte numéro 15177 BZ, arrive à Bourg le 25 septembre 1943.

Dès l’hiver 1943, le Verbindunsstab 493 n’est pas dupe du puissant renforcement des maquis de l’Ain : « les deux événements de la nuit dernière…démontrent clairement que les bandes, dans les préparation de leurs quartiers d’hiver, ont fait de nouveaux progrès »[3]. Les allemands ne sont plus dupes non plus d’un double jeu joué par les administration française, en premier lieu la gendarmerie et de la police qu’ils accusent de négligence à plus d’un fait[4]. En effet, dès le 7 novembre 1943, le major commandant le Verbindungsstab 493 à Bourg, fait part par écrit[5], au préfet de l’Ain, de son étonnement de voir librement circuler des camions du maquis chargés de ravitaillement sur les routes « sans que ceux-ci soient remarqués par vos gendarmes ou votre police ». En effet, les forces de maintien de l’ordre françaises malgré des directives administratives collaborationnistes ne font pas toujours preuve, sur le terrain, d’un réel zèle pro-allemand. En effet, alors que Darnand et Fenet entrent de plein pied dans la collaboration nazie par l’accession à la Waffen S.S. en novembre 1943, à la même époque, certaines organisations, comme la Milice, affichent un autonomisme anti-S.S. remarqué : « dans la région de Lyon, le P.P.F. travaille avec le S.D., mais ignore systématiquement l’Abwerh, tandis que la Milice collabore volontiers avec l’Abwerh »[6].

            Avec le nombre grandissant de coups de main sur les Chantiers de Jeunesse et suite au défilé, d’Oyonnax, les troupes d’occupation s’alertent du nombre grandissant de réfractaires et de la faculté de la Résistance à équiper uniformément ses hommes. Ponctuellement[7], elles en informent la préfecture et demandent des sanctions au préfet de l’Ain tout en s’informant de la géographie physique du département[8]. Toutefois, l’action allemande est noyauté par la Résistance qui parvient à obtenir des doubles des courriers du major au préfet et des listes des personnels et troupes présents dans le département.

            En 1943, Bourg est au mains de la 272e division ; commandée par le général Schack. Cette division comporte trois régiments et un bataillon d’élite. Un régiment est à Saint-Etienne et un second à Mâcon. Les détachements de Bourg n’ont que « 40% de purs allemands, tous nazis à fond. Dans la caserne de Brou…il y a le bataillon d’élite 272 commandée par le capitaine Von Schoweich ». Ce bataillon est expérimenté et a combattu à Gitomir avant de venir en France par la Belgique. En décembre 1943, le Reserve-Infanterie-Bataillon 36 arrive en cantonnement à Bourg.
Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939-1945


[1]              Elle est composée des : Reserve-Grenadier-Regiment 9, Reserve-Grenadier-Regiment 251, Reserve-Artillerie-Abteilung 9, Reserve-Pionier-Bataillon 15, Reserve-Divisions-Nachschubführer 1059.
[2]              Son feldpost est le 03716.
[3]              Lettre du major commandant le Verbindungssatb 493 à au préfet de l’Ain, Bourg 7 novembre 1943. A.D. Ain 180W.
[4]              Le major Von Kless se plaint aussi de ce que les gendarmes et policiers ne saluent plus les officiers allemands et ce à leur plus grand mécontentemment.
[5]              Le major Von Klesse a déjà fait la remarque oral au préfet.
[6]              Organisation générale de la Sicherheitpolozei et du S.D. en France. Bibliothèque de la ville de Lyon.
[7]              les 3, 23, 26 et 27 décembre 1943.
[8]              Le 10 décembre 1943, le major demande au préfet des renseignements sur les grottes, carrières et mines pouvant se trouver dans le département. 

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Opération Kaporall

« Cette opération était dirigée par le lieutenant Barbie de la section 4…du S.D. de Lyon »[1] assisté d’agents français au service de la Gestapo de Lyon. Ce sont un régiment de police SS, le Sicherungsregiment 200, un bataillon d’infanterie avec mortiers, 3 groupes de Felgendarme du Felgendarmerie-Trupp d 594 et une escadrille de 3 avions qui participent à l’opération Kaporall en février 1944. Ce sont de 2 000 à 2 500 hommes qui sont mobilisés sous la direction du commandant militaire en France Sud (Niehoff) et avec la collaboration du S.D. de Lyon[2], qui ravagent et terrorisent le Bugey.

Comme cela est préconisé et fait dans l’Est, la mise en place matériel de l’opération est confiée au SIPO/SD de Lyon qui détache des hommes dans l’Ain[3] et crée une antenne locale très temporaire, le SD-Stüntzpunkt d’Hauteville vers le 9 février. Au même moment, durant le mois de février, le 17e Flugm. Res./Lv. Nachr. Rgt. W.F. installe un poste de guet à Mantenay.

Le plan établi en janvier à l’état major de liaison 590 de Lyon, prévoit « deux zones d’intervention ou « zones de nettoyages » A et B. Un dispositif de bases de soutien fut mis en place pour la Wehrmacht, à l’aide de troupes alpines, à l’intérieur duquel des « commandos de chasse » de la police allaient opérer[4]. Klaus Barbi dirige lui même des opérations de l’hôtel du Commerce, à Anglefort, le 10 février[5] puis sur le terrain à Nivollet et Evosges.

Ces unités sont le régiment de sécurité 200, la 1ère compagnie du 98e bataillon de chasseurs de montagne (de la 157e division de réserve) [6] et le régiment de SS Polizei Todt. Ce régiment compose les « commandos de chasse »[7]. Créé entre juillet 1942, le régiment de police 28 devient régiment SS novembre. Une bande de bras "SS-Polizei-Regiment-Todt" le distingue des autres. Il combat d’abord à Riga, Poltava avant d’être envoyé à Marseille. Au début de 1944, son 3e bataillon est stationné en Haute-Savoie et prendra part au combat des Glières.

Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945


[1]              Rapport sur le conduite de Lucien Guesdon, 19 novembre 1945. A.D. Ain 1433W 7.
[2]              Rapport SCDD/3/35502 du B.C.R.A.
[3]              Des hommes du SD sont à Bellegarde du 9 au 13 février.
[4]              MEYER (Ahlrich), L'occupation allemande en France. 1940-1944, Toulouse, Editions Privat, 2002, 238 pages.
[5]              « 1944 : l’envers du décors » in Bulletin pour la fondation pour la mémoire de la déportation, n°40, décembre 2003.
[6]              « unités allemandes…portaient seulement un Edelweiss comme insigne » venant de Saint-Rambert stationnent à Virieu le Grand du 5 au 9 février 1944. Note de la brigade de gendarmerie de Virieu. A.D. Ain 1433W.
[7]              « Les allemands étaient au nombre de 200 environ. D’après les dires des habitants du pays [Aranc], ils faisaient partie d’un Régiment de S.S. car ils portaient la tête de mort sur leurs uniformes ». Procès verbal de la Gendarmerie, brigade de Hauteville, 21 février 1946. A.D. Ain 1433W 2.

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la 157e division de réserve

La 157.Reserve-Division est organisée en 1942. Elle est tirée de la Division Nr. 157 créée à Munich en 1939. En 1942, à cause du manque de personnel, le commandement allemand décide de dédoubler les grandes unités de l'armée de remplacement : tandis que les structures de recrutement et d'instruction de base demeurèrent en Allemagne, des formations allégées sont envoyées dans les pays occupés, notamment à l'Ouest, pour y assumer des tâches à la fois d'entraînement et d'occupation. Ces divisions, dites de réserve, sont progressivement intégrées à l'armée de campagne au cours de l'année 1944.

Bien que composée de troupe de réserve (Ersatztruppen), elle est dépourvue d'unité de reconnaissance, de moyens divisionnaires antiaériens et antichars. Elle est faiblement dotée d'artillerie de campagne. Elle n’est pas opérationnelle contre les Alliés ; elle a pour mission d'assurer la sécurité dans la région frontalière des Alpes. Elle est composée d’un régiment de grenadiers (Reserve-Grenadier-Regiment 157, P.C. Gap) à trois bataillons partiellement motorisés à trois compagnies (Bataillon 179 à Grenoble, 199 à Chambéry et 217 à Embrun), une compagnie de canons d'infanterie (Inf.gesch.Kp., Gap) et une compagnie antichar (Pz.Jäg.Kp., Gap). Elle compte un régiment de chasseurs de montagne (Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1, dont le P.C. est à Aix-les-Bains) à quatre bataillons à quatre ou cinq compagnies (1/98 Batallion à Annecy, II/98e à Lanslebourg, 99e à Briançon et 100e Bourg-Saint-Maurice) et une compagnie antichar (Pz.Jäg.Kp.) à Sallanches. Il y a le 7e régiment d'artillerie de réserve (Reserve-Artillerie-Regiment 7, dont le P.C. est à Grenoble) avec un groupe de campagne à neuf pièces (Abt. 7 à Grenoble) et un groupe de montagne à seize pièces (Abt. 79 (Geb.) à Albertville). Elle compte le 7e bataillon du génie à trois compagnies (Reserve-Pionier-Bataillon 7 stationné à Grenoble) et les services divisionnaires (Reserve-Divisions-Nachschubführer 1057 stationné à Grenoble).

Reconnaissable à son Edelweiss sur leur casquette et sur la manche de leur vareuse, l’unité participe aux différentes opérations dans l’Ain. D’abord comme troupe de soutien, en février 1944, puis comme troupe d’opération en avril et en mai et juin 1944 dans le Bas-Bugey, entre Virieu-le-Grand, Rossillon et Culoz[1] où cette unité de la Werhmarcht commet des crimes de guerre[2].
Jérôme Croyet
docteur en histoire 
président de Mémoires de l'Ain 1939 - 1945

[1]              Elle stationne à Culoz du 25 mai au 25 juin 1944, venant d’Aix-les-Bains ou de Chambéry.

[2]              Exécution à Challes-les-Eaux des prisonniers faits à Rossillon. Executions à Artemare en juin. 

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Opération Printemps

Du 7 au 18 avril 1944, l’opération Printemps mobilise encore plus d’hommes des troupes d’occupation. Toujours en collaboration avec le SIPO/SD de Lyon , C’est la 157e division de réserve qui est chargée de l’opération. C’est elle qui lutte d’avril à septembre 1944 contre les maquis de l'Ain, des Glières, du Vercors, du Briançonnais. Forte de son expérience de Caporal, la 157e division de réserve applique la même stratégie mais subordonne les « chefs du service de Sécurité adjoints…aux chefs des troupes de commandos de chasseurs » .

Les commandos de chasse appartiennent à la 157e division de réserve, les contours de la zone d’opération sont sécurisés par la Feldgendarmerie d 924. Ce sont le 1er régiment de chasseurs-alpins de réserve, le bataillon de réserve 179, le bataillon 958, des renforts de la division 1057 qui renforcent les commandos tirés de la 1ère et 2e compagnie du 98e bataillon de chasseurs-alpins, des 99e et 100e bataillons de chasseurs-alpins. Dans le Jura, un commando de Cosaques est mis à disposition de la 157e Division.

La zone primitive d’opération est fixée autour d’Oyonnax mais des opérations ont aussi lieu dans le reste du département notamment dans le Revermont et dans la région de Nantua.

Jusqu’au soir du 12 avril 1944, la 1ère compagnie du 98e bataillon de chasseurs occupe Oyonnax, la 2e compagnie Bellegarde, le 99e bataillon est à Saint-Claude, le 100e à Collonges et le 1er régiment à Nantua. A l’arrêt de l’opération, le 18 avril, la 1ère compagnie du 98e bataillon se trouve dans la zone de Matafelon-Arinthod, la 2e compagnie dans la zone Nantua-La Clause, le 99e bataillon dans la zone Saint-Claude-Molinges, le 100e bataillon dans la zone ouest de Clairvaux, les blindés du 1er régiment sont près d’Orgelet, le 958e bataillon est autour d’Izernore, l’intendance de la 1057e division à Orgelet et la compagnie sanitaire et de train de la 1057e division à Saint-Claude.

De son côté, contre l’avis de la Wehrmarcht, le SIPO/SD ne préfère pas avoir à faire à la Milice qu’elle juge pas assez efficace : « La collaboration avec la milice française, que j’avais suggérée pour le barrage de l’opération Vercors fur refusé par le service de Sécurité, parce que la Milice soi-disant procède à trop peu d’exécutions par les armes et fait incendier trop peu de maisons » .

Cette opération allemande fait 19 morts civils innocents, 20 « éléments dissidents » de tués, 5 blessés, 47 maisons incendiées et 107 arrestations dans la zone primitive d’opération autour d’Oyonnax et 6 civils tués, 7 résistants tués, 2 blessés, 39 maisons incendiées et 77 arrestations dans le Revermont et la région de Nantua. Cette violence allemande alerte l’administration vichyste au plus haut point : « Le Préfet Régional de Lyon signale la violence de l’action répressive menée par les troupes d’occupation dans les départements de l’Ain, de la Haute-Savoie et de l’Isère. Dans l’Ain notamment, le bilan d’une opération effectuée du 5 au 12 février se monte à 309 arrestations maintenues dont deux magistrats municipaux et 13 gendarmes ou gradés, 54 personnes fusillées dont deux magistrats municipaux, 8 blessés et 81 maisons incendiées » .
Jérôme Croyet
docteur en histoire
président deMémoires de l'Ain 1939 - 1945

les camps de Leyment et La Valbonne

Le camp de Leyment est mis en place par décision ministérielle du 12 octobre 1917 comme entrepôt de munitions du parc d’artillerie de Lyon. En 1940 les dépôts sont évacués et les personnels sont mobilisés au sein du 14e B.O.A.. La 125e batterie de DCA occupe la camp qui est occupé en 1940 par les Italiens, puis en 1943 par les Allemands et devient alors un « camp de munitions » dépendant du service central de munitions de Rennes. L’effectif du dépôt est d’un officier, le lieutenant Kismann à partir du 20 décembre 1943, une secrétaire surnommée Barbara réputée être « agent de la Gestapo » , 5 sous-officiers et 50 soldats dont des alsaciens-lorrains avec du personnel français au nombre de 40. L’indicatif du camp dans la nomenclature allemande est Fz Stab 21. L’interprète du camp est le soldat Raustinberg. La garde du camp est confiée à une unité, peut-être des fallshirmjägers, qui ne cantonne pas au camp. Cette dernière est commandée par le capitaine Moeller à partir de janvier 1944 et jusqu’en juillet. Le camp est évacué en direction de Lyon le 21 août 1944.

Le camp de La Valbonne est occupé de mars 1943 au 4 janvier 1944 par un régiment d’artillerie qui quitte cette position pour se rendre dans les Landes. Il est alors remplacé par un bataillon caucasien d’Ostruppen venant de Russie et allant dans le Nord, en France, le 11 mai 1944. Il est alors remplacé par une école de tir jusqu’au 19 août.

Jérôme Croyet
docteur en histoire
président de Mémoires de l'Ain 1939-1945

Opération Treffenfeld

Avec l’annonce du débarquement et les vastes mouvements de troupes en direction de la Normandie, de nouvelles unités sont de passage dans le département et certaines, notamment de la Waffen SS dans un train blindé à Pont d’Ain le 11 juin 1944, se signalent par leurs actes criminels. A partir de juin, les troupes d’occupation allemandes radicalisent leurs actions et systématisent presque les exactions envers les civils et les F.F.I. pour lesquels ils ne font plus de pitié. L’atmosphère lourde du sentiment de la défaite à venir, pousse les allemands au pillage irraisonnés avec une préférence pour l’alcool qu’ils consomment sans retenu lors des opérations : « on avait l’impression qu’ils…étaient sous l’action d’un toxique, la boisson probablement » , notamment suite au combat de Vonnas le 12 juin 1944 qui mobilise 3 000 soldats et miliciens.

En juillet 1944, l’opération Treffenfled mobilise cette fois ci plus de 35 000 hommes des troupes d’occupation. Ces troupes sont essentiellement composées d’Osttruppen du 5e rgt, déjà compromis dans les combats contre le maquis languedocien Bir Hakeim avec un encadrement allemands. Cette opération ne suit plus le même schéma tactique que les deux précédentes et s’apparente plus aux manières d’agir contre les partisans du front de l’Est ou en Italie : une action militaire menées contre les résistants armée pendant que des éléments du SIPO/SD raflent à grande échelle des civils. C’est ce qui se passe dans l’Ain : des actions militaires entachées d’exactions et de crimes de guerre dans le Bugey et dans le Revermont menées par le 5e régiment de Cosaques alors que la Gestapo emmenée par Barbi opère une rafle générale à Bourg le 10 juillet mais aussi à Oyonnax où un siège provisoire est ouvert entre le 12 et le 16 juillet.
Jérôme Croyet
docteur en histoire
président deMémoires de l'Ain 1939 - 1945

les crimes de guerre ennemis dans l'Ain

Suite à l’occupation du département par les Italiens puis les Allemands mais aussi de l’action des collaborationnistes, le département de l’Ain, foyer de Résistance et haut lieu du Maquis devient un lieu de martyrs.

Un désir de justice
La France de l’après-guerre demande des comptes et veut juger les responsables, nazis ou collaborateurs, des crimes commis pendant quatre ans. L'ordonnance du 14 octobre 1944 crée au ministère de la Justice un service temporaire de recherche des crimes de guerre ennemis pour centraliser les opérations en la matière. L'article 1er précise que ce service dépend du cabinet du garde des Sceaux. Le service a pour but de mener des enquêtes si aucune information n’a été ouverte devant la justice militaire.
Les enquêtes se font en deux temps. D’abord la prise en compte des témoignages, par des procès-verbaux de Gendarmerie, des faits et des événements. Ce lourd travail d’enregistrement et de collecte des crimes de guerre et exactions fini, c’est la recherche des coupables, du moins l’identification des suspects. A partir de février 1946 et durant le courant de cette année, la priorité est mise à la recherche et l’identification des unités allemandes, italiennes ou miliciennes auteurs des faits. Au-delà des aspects historiques, statistiques et informatifs, cette Commission cherche à établir tous les manquements aux lois de la guerre qui ont eu lieu durant l’Occupation en France. De la compilation des crimes à l’identification des auteurs, le but est de trouver et poursuivre les responsables des crimes de guerre. Ce service a été supprimé en 1948.

La légende de la bonne Werhrmacht
Toutefois, ce désir de justice se heurte à la légende, née dès le 9 mai 1945, d’une Werhmarcht propre et honorable face à des S.S. éminemment criminels. Cette version de l’histoire est entérinée par les accords de Postdam et le procès de Nuremberg où « on avait qualifié d’organisations criminelles quelques groupes ou organisations qui avaient exercé des fonctions déterminantes dans le système national-socialiste. A côté du corps des Fürher du NSDAP, du groupe Gestapo et SD, de la SS, de la SA et du gouvernement du Reich, on trouvait aussi le groupe état-major général et OKW…et non par exemple toute la Werhmarcht »[1].
De fait, dans l’Ain, cette histoire épurée confrontée à la réalité des archives, ne tient pas. En effet, sur 226 communes martyrisées par les Allemands et leurs séides, les hommes de la S.S. n’interviennent que 41 fois pour 208 pour les troupes d’occupation de la Heer. De plus, si les S.S. n’agissent que deux fois seuls sans le soutien matériel, humain et logistique de la Heer, cette dernière s’occupe de commettre des exactions sans la présence de la S.S. dans 85 communes de l’Ain. La Heer et sa composante majeure la Werhmarcht, « composée de soldats comme les autres » est bien la principale responsable des crimes et atrocités commis dans l’Ain de 1943 à 1945. Rapidement, les choses sont mises au point, notamment la définition de la victime. Ainsi, toute personne morte de manière violente n’est pas forcément une victime de crime de guerre. Dès 1945, le terme « fusillé » s’applique à toute personne tuée par les Allemands ou leurs collaborateurs, sauf les patriotes blessés mortellement au cours d’engagement (sans être achevés) et les victimes civils atteintes au cours des combats »[2].

Le cas de Vichy
Il serait faux de croire que l’administration de l’Etat Français ne porte aucune importance à ces crimes. En effet, contre toute attente, ces « atrocités » ne sont pas laissées de côté par l’administration de l’Etat Français. Outre les plaintes exprimées par le préfet de l’Ain au maréchal Pétain, dès le 15 février 1944, le procureur de la République (sic) de Nantua adresse un état des dégâts humains et matériels causés par les « troupes d’opérations » dans son arrondissement, du 5 au 13 février, à l’attention du procureur général auprès de la Cour d’Appel. Ceci, sans compter, les rapports de gendarmerie établis dès les faits commis, ou du moins dès que la possibilité est donnée aux gendarmes de le faire. Cette pratique semble déplaire aux Allemands qui, durant l’été 1944, tenteront à plusieurs reprises d’empêcher les forces de l’ordre françaises d’accéder aux lieux où des homicides ont été commis.

Triste bilan
Durant les 9 derniers mois de l’occupation les troupes allemandes tuent, exécutent et assassinent 468 personnes que dans les arrondissements de Bourg, Belley et Nantua. La Milice est l’auteur de 12 meurtres. 60 civils sont tués des faits d’événements de guerre, ce que la presse du XXIe siècle appellerait pertes collatérales. 192 personnes sont tuées dans des circonstances « suspectes » aux yeux de la Section de Recherches des Crimes de Guerre, en décembre 1944. Le 20 octobre 1944, la Section des Crimes de Guerre Ennemis donne une approximation de 928 décès par homicide dans l’Ain signalés, dont 607 sont l’œuvre des Allemands. Le premier de ces crimes de guerre allemands étant l’assassinat du Docteur Mercier de Nantua le 14 décembre 1943 et le dernier a lieu le 3 septembre par l’assassinat à coups de crosse de fusil d’un homme de 58 ans de Pont-de-Vaux, alors qu’une femme est violée durant la bataille de Montrevel par des soldats allemands. Le 26 septembre 1944, la direction départementale de la Santé déclare 806 décès par homicides durant les 10 derniers mois.


[1] WETTE (Wolfram) : Les crimes de la Werhmarcht. Perrin éditeur, 2009.
[2] Remarques sur les chiffres de la carte. Bourg 1er février 1945. A.D. Ain 1433W 1.